Une anecdote, une analyse, une réflexion
Une anecdote : alors que je travaillais pour une association d’éducation populaire, une journaliste d’un grand quotidien national m’appelle, pour me demander de lui trouver le témoignage de jeunes « des quartiers », montrant que la prise de position de Jacques Chirac contre la guerre en Irak a renforcé le sentiment patriotique des jeunes issus de l’immigration. Un peu interloqué, je lui demande de préciser. « eh bien oui, si l’on pouvait voir que les jeunes s’engagent davantage, dans les partis ou dans les associations, grâce à l’exemple qu’a donné Villepin à l’ONU, aux prises de position du président contre Bush, ce serait bien ». Je lui propose alors de lui trouver des dizaines d’exemples de jeunes qui s’engagent tous les jours, dans leurs quartiers, sur des projets de tous ordres (culturels, humanitaires, sportifs, environnementaux, etc.) « dans des associations de quartiers ? » « oui, par exemple » « ah non, elles sont toutes cornaquées par l’extrême gauche ! »
Lorsque Jacques Chirac s’est rendu compte, il y a six mois, sur un plateau de télévision*, qu’il ne comprenait plus rien à la jeunesse de son pays, il était un peu tard.
Une excellente analyse : celle d’Alain Touraine, dans une tribune du Monde intitulée « Les français piégés par leur moi national », qui va plus loin que moi. Pour lui, c’est l’universalisme lui-même, revendiquée par la France comme élément identitaire, qui est facteur d’exclusion. Non seulement parce qu’il accentue l’écart entre les promesses et les actes, mais aussi parce qu’il se donne un visage qui n’est jamais celui des différences, qui, elles, sont toujours rejetées. Il est donc tout à fait urgent de repenser l’efficacité de notre action en faveur de l’égalité, et contre les discriminations, quitte à bousculer un peu nos bons vieux principes.
Une réflexion enfin : opposer sécurité et prévention, ce n’est pas établir un choix politique, ce n’est surtout pas distinguer deux modes d’action possibles distinctifs de la droite et de la gauche. C’est surtout avoir une vision manichéenne, qui oppose « les bons qui veulent des sanctions contre les méchants » aux « méchants qui ne veulent pas punir les méchants ». En réalité, à gauche, à ma connaissance, personne n’est contre les sanctions pour ceux qui brûlent des voitures. En revanche, beaucoup, dont je fais parti (tous à vrai dire, je l’espère), considérons que s’arrêter là, c’est ne rien résoudre du tout, c’est même aggraver les choses, pour ne pas dire que c’est jeter de l’huile sur le feu quand c’est l’unique discours, parfois de façon calculée d’ailleurs. S’arrêter à cette opposition stérile, c’est une stratégie de droite pour entretenir le feu et garder son électorat au chaud en attendant les élections. C'est la stratégie théorisée, par exemple, par Bernard Accoyer, lorsqu’il en appellle à « un candidat populiste » (Nicolas Sarkozy bien entendu) en 2007, Au mépris de l’action efficace et des solutions concrètes. C’est de cela, dont la droite est comptable aujourd’hui.
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* Jacques Chirac : « Et on a l'impression qu'aujourd'hui on a peur. C'est un sentiment, je ne vous le cache pas, que je comprends mal, notamment de la part des jeunes qui s'engagent dans la vie et qui devraient précisément ne pas avoir peur. »











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