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16 décembre 2005

Réviser la loi de 1905: la question

On l’aura compris, il y a des personnes, à gauche, qui sont aujourd’hui pour une révision de la loi de séparation des églises et de l’Etat, comme il y en a, à droite, qui y sont opposées. Ne serait-ce que sur cet aspect, les choses sont déjà très différentes, aujourd’hui, de ce qu’elles étaient en 1905. En 1905, la séparation était unanimement souhaitée à gauche et unanimement rejetée à droite. Cependant, la confusion d’aujourd’hui ne doit pas non plus être surinterprétée. A droite, le refus de toucher à la loi de 1905 ne correspond certainement pas tant à une volonté de confiner le religieux à la sphère privée, qu’à celle, conjoncturelle, de circonscrire l’Islam de France. A gauche, le désir de la réaménager ne correspond à aucune velléité de sacraliser à nouveau la société, mais bien plutôt à celle d’égaliser les conditions de pratique de cultes. Les choses sont également très différentes en ce qui concerne la sociologie religieuse de la France, entre 1905 et aujourd’hui : l’Islam, quasiment inexistant sur le territoire métropolitain au début du siècle dernier, est aujourd’hui la deuxième religion pratiquée dans l’Hexagone. La religion catholique, malgré quelques injonctions pontificales pas toujours très adroites, ne revendique plus dans son ensemble un rôle politique ou social majeur. Le fondamentalisme religieux est certes virulent, ses modes d’action plus dangereux que jamais, et il répond à un désarroi politique et social manifeste dans certaines catégories de la population ; mais il n’a aucune audience publique, aucun relais intellectuel de poids, aucune tribune médiatique. En revanche le phénomène religieux, pour sa part, comme conviction intime d’abord, mais surtout comme manifestation sociale, a énormément reculé. La constitution d’une majorité revendicatrice favorable à un meilleur traitement général des religions dans la sphère publique en France est presque inconcevable aujourd’hui.

Aussi – c’est en tout cas mon avis – il ne reste qu’une seule question à se poser, et elle est relativement technique. Si le consensus est aussi large que possible pour adhérer àaux principes de la loi du 9 décembre 1905, est-ce que la législation actuelle « garantie le libre accès des cultes », dans le respect de « l’ordre public », en même temps qu’elle « assure la liberté de conscience » ? Autrement dit : est-ce que, sans préjudice pour la neutralité qui doit être la sienne en matière religieuse, et sans risquer d'ouvrir de nouveaux conflits religieux, l’Etat peut contribuer à égaliser les conditions d’exercice des cultes ?

La réponse n'est pas, pour moi, évidente, ni dans un sens ni dans l'autre...

14 décembre 2005

Réviser la loi de 1905: arguments contre

Il existe également deux grands types d’arguments contre la révision de la loi de 1905, qui ne sont pas assimilables les uns aux autres.

Les premiers sont de type chiraquien : pour eux, le conservatisme doit prévaloir en tout : dans la loi comme dans les mœurs, en politique comme en religion. Ne pas toucher la loi de 1905, outre le fait que c’est faire l’économie d’un débat houleux, c’est à la fois ne pas mécontenter les républicains de toujours, et ne pas risquer de mettre les catholiques dans une situation de compétition périlleuse avec d’autres cultes. Mais en plus, c’est pouvoir en appeler à la spécificité française (pour ne pas dire à l’identité nationale) contre les apports extérieurs (pour ne pas dire les invasions barbares) sans se faire taxer de racisme. Et l’on peut très bien vouloir, dans ses conditions, favoriser l’enseignement libre (les écoles privées – c’est ce que fait, par exemple, l’article 89 de la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales) et ne pas vouloir toucher la loi de séparation des églises et de l’Etat.

Pour ceux qui utilisent les seconds, en revanche, il ne saurait être question de favoriser en quoi que ce soit les religions, au contraire : s’il fallait favoriser quelque chose, ce serait plutôt la laïcité elle-même, qui n’est ni suffisamment appliquée, ni suffisamment protégée. Affaiblie, par exemple par les modifications du régime de Vichy (la loi du 25 décembre 1942 autorisant le financement public de l’entretien et de la réparation des lieux de culte, même lorsqu’ils ne sont pas priorités publiques), et attaquée par les fondamentalistes religieux, la laïcité mériterait plutôt d’être renforcée par de nouvelles attributions. Ainsi, pour beaucoup, il n’est pas acceptable que l’Alsace-Moselle demeure en régime concordataire, ni que les représentants de l’Etat se rendent aux cérémonies religieuses qui ont lieu en l’honneur de français disparus. Devant rester le plus strictement privée, la religion ne doit pas apparaître dans la sphère publique, qui, elle, doit être non seulement neutre, mais également, bien souvent, critique.

12 décembre 2005

Réviser la loi de 1905: arguments pour

Il existe deux grands types d’arguments pour vouloir réviser la loi de 1905, et ils ne sont pas exactement identiques. Ils ne demandent d’ailleurs pas les mêmes révisions, et ils déboucheraient, s’ils étaient suivis d’effet, sur deux sociétés bien différentes.

Les premiers sont ceux des anti-laïcs, à commencer par les sarkozistes. Ceux-ci ne s’attaquent pas tant à la loi de 1905 comme modalité pratique de la laïcité, qu’à la société laïque elle-même. Ce qu’ils lui reprochent explicitement, c’est le désarroi moral, la perte de repères et de normes, mais également de réconfort et de sens spirituel, auxquels conduit une société qui ne s’articule pas autour des lieux de prière et des prédicateurs religieux. Ils ne réclament donc pas tous un Etat religieux mais, pour les plus modérés d’entre eux, une société dans laquelle l’accès à la religion soit facilité et encouragé.

Les seconds proviennent de personnes ou d’organisations incontestablement attachées à la laïcité, mais pour lesquels la laïcité ne se confond pas avec le prosélytisme de l’athéisme ni avec le combat contre les religions. La laïcité reste au contraire pour chacun la meilleure garantie de la liberté de croire, de ne pas croire, de pratiquer son culte comme bon lui semble ou de ne pas être importuné par ceux qui veulent en pratiquer un. Et de même qu’il est légitime, pour eux, de ne pas se voir contraint à un enseignement religieux quelconque, il est tout aussi légitime que chacun puisse exercer son culte dans les mêmes conditions que son voisin. Ce qui n’est bien entendu pas le cas en France aujourd’hui, pour des raisons matérielles et historiques.

10 décembre 2005

Loi du 23 février: abrogeons l'article 4 !

Abroger_article_4_3

Pour l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005, qui parle du

« le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » :

vous pouvez

signer la pétition unitaire de la gauche

Liste des signataires et site de la pétition : www.abrogation.net

09 décembre 2005

Centenaire de la loi de séparation des églises et de l’Etat

Briand1905_1

Déjà, il y a quelques mois, des voix s’élevaient pour regretter le peu de festivités officielles entourant le centenaire de la loi de 1905. Il est vrai que l’on aurait pu s’attendre, de la part de ceux qui en disent le plus grand bien, à commencer par le chef de l’Etat et son Premier ministre, à quelque déclaration solennelle et grandiloquente, particulièrement en ces temps agités : n’était-ce pas l’occasion, puisqu’il s’agit d’un socle fondant la paix sociale et l’unité républicaine, de réunir la nation tout entière ?

Pas de chance : d’une part, des voix s’élèvent pour contester l’actualité du dispositif mis en place par la loi de 1905, la situation historique et les implantations religieuses du pays en 2005 n’étant plus celles du début du XX°. A commencer par celle de Sarkozy. D’autre part, la polémique sur la loi du 23 février 2005, et celle naissante sur la justification de l’état d’urgence, rendraient problématique la référence à la cohésion nationale : si le modèle républicain est si bon, si ses fondements sont si solides, pourquoi alors invoquer les opérations de maintien de l’ordre et de pacification, qu’elles soient urbaines ou coloniales ?

Du coup, le Président de la République fait oublier le centenaire et le débat promis, annoncé et attendu, en jouant les pompiers de la République face au pyromane de l’Intérieur : il intervient bien, de façon solennelle et grandiloquente, mais pour annoncer « une mission pluraliste pour évaluer l’action du Parlement dans le domaine de la mémoire et de l’Histoire ».

Si cette mission devait évaluer en même temps l’action du Président pour étouffer l’histoire de la laïcité et le centenaire de la loi de 1905, il est probable qu’elle lui attribuerait l’excellence.

30 novembre 2005

Aborder la guerre d’Algérie

Lorsqu’on a une trentaine d’année, que l’on n’est pas historien de formation, et qu’on est né dans une famille pieds-noirs (ce qui est mon cas), on peut très bien avoir de la guerre d’Algérie l’image d’une chose dont il ne faut pas parler. Surtout si quelques vieux militaires trainent dans la famille… Et pourtant elle fait partie de notre mémoire, elle est constitutive de notre identité commune, que l’on soit ou non enfants ou petits enfants d’Algériens, de harkis, d’immigrés ou de pieds-noirs. Les historiens sont allés bien plus loin que les politiques dans la reconnaissance des responsabilités françaises. Si l’on veut un jour leur emboîter le pas, il faut aussi que l’on permette à tout un chacun de se réapproprier ce passé commun. D’où ces quelques lectures :

Stora_guerre_algrie_1 D’abord l’incontournable Benjamin Stora. Son « Histoire de la guerre d’Algérie (1954 – 1962) » (La Découverte, 1993 pour la première édition, 123 p.) est tout aussi concise que précise. Elle permet de suivre l’enchainement des évènements tout en saisissant les enjeux, grâce aux quelques documents et témoignages que traverse le texte. Une porte d’entrée précieuse, puis un vade-mecum qui peut vite devenir l’indispensable compagnon d’un approfondissement de la question algérienne.

Harbi_stora_guerre_algrie_1 Ensuite un ouvrage plus complexe, plus volumineux, mais dont on peut piocher les articles au gré de la curiosité : « La Guerre d’Algérie », recueil d’articles dirigé par Mohammed Harbi et Benjamin Stora (Hachette, coll. Pluriel, 2004 pour la première édition). Cet ouvrage se veut un point d’étape, cinquante ans après le début des évènements d’Algérie. Point d’étape sur les connaissances historiques d’abord (trois portes d’entrée : les institutions, les acteurs, les violences), mais également sur la mémoire de cette guerre et son traitement artistique et culturel. La mise en perspective, tant du travail de mémoire et d’histoire, que du passé de l’Algérie, est tout à fait salutaire.

Vidalnaquet_1 Enfin, pour ceux qui voudraient prendre conscience de la violence déployée par l’armée française et des mensonges de l’Etat français, « Les crimes de l’armée française, Algérie 1954 – 1062 » de Pierre Vidal-Naquet (La Découverte Poche, première édition en 1975), est édifiant, pour ne pas dire difficilement soutenable. Compilation de documents militaires, politiques et administratifs, cet ouvrage cru, crucial pour le souvenir et pour la réflexion, permet de ne pas tomber dans les considérations aseptisées auxquels mènent parfois les livres d’histoire.

Et pour des documents plus imagés, il existe le dossier de l’INA « La guerre d’Algérie à la télévision française » avec plusieurs documents vidéos, ainsi que des interviews d’historiens et de journalistes pour les mettre en perspective. A signaler aussi, mais pour les institutions seulement (ce qui est regrettable) les quatre vidéos « Les années algériennes », INA-France 2, de Philippe Alfonsi, Bernard Favre, Patrick Pesnot et Benjamin Stora.

29 novembre 2005

Du « rôle positif de la présence française » à l’ « état d’urgence »

France_algerie Commencée par le vote d’une loi dont l’intention, pourtant, ne pouvait qu’être saluée, le 23 février dernier (elle devait notamment permettre de mieux prendre en compte la situation des harkis et de favoriser l’enseignement de la période coloniale), la référence implicite à la guerre d’Algérie dans l’action du gouvernement Villepin a connu son acmé avec l’utilisation de la loi du 3 avril 1955, instituant l’état d’urgence, et sa prorogation  avec la loi du 18 novembre 2005.

Hasard ou simple collusion ? Non : véritable cécité. Rappelons-nous que la guerre d’Algérie, pour ceux qui y ont mené la France, n’était autre chose qu’une « opération de maintien de l’ordre ». L’armée n’intervenait, dans leur esprit, qu’en appui aux forces de polices, et ne devait d’ailleurs rien faire de plus que de la police. La police elle-même, ou plutôt l’ « Etat policier, à la fois anarchique et despotique » pour reprendre l’expression de Pierre Vidal-Naquet, a cédé la place à la répression, aux opérations militaires, dans le cadre des « pouvoirs spéciaux ». Mais il ne s’agissait en aucune manière, dans le discours officiel, d’occupation (à quoi bon occuper sa propre nation ?) ni de guerre (combat-on son propre peuple ?): il s'agissait de ramener l’ordre dans les départements français qu’était l’Algérie, de réprimer les émeutiers, de faire revenir le calme, de « pacifier ». On connaît la suite : la pratique de tortures abominables, dont les récits sont insupportables. Et trois décennies avant de reconnaître, par la loi du 10 juin 1999, qu’il ne s’agissait pas seulement de la simple action d’un pouvoir légitime sur son propre sol, mais bien d’une guerre d’indépendance.

Les relations franco-algériennes sont marquées du sceaux de symboles tragiques, et les enfants de ces relations sont des enfants déchirés. En témoigne le match France-Algérie du 6 octobre 2001.

Aujourd’hui, c’est en France que le président algérien, souffrant, vient se faire soigner alors même que le Traité d’amitié franco-algérien est en panne. Le message que la France envoie aujourd’hui aux français d'origine algérienne, comme à tous les français issus de l'immigration, est aussi paradoxale et injuste que celui qu’elle envoyait hier aux algériens qui combattaient pour leur liberté. Elle leur dit : vous n’avez pas de raison de vous révolter, et si vous le faites ce sera le même sort que vos parents ou grands-parents. Vos parents ou grands-parents n’avaient pas à se plaindre, puisque la colonisation était bonne. Vous n’avez pas de raison de vous plaindre, puisque la France vous accueille. Alors maintenant, intégrez-vous en silence.

Le jeu de miroir entre hier et aujourd’hui révèle une vérité effroyable : la persistance d’une France populiste, aveugle à toutes les souffrances et à toutes les différences et qui, aujourd’hui encore, est au pouvoir.

26 novembre 2005

Le Mans: sens et direction

Cn_ladefense Le Conseil national du Parti socialiste qui s’est tenu aujourd’hui, à la Défense, en adoptant une nouvelle direction, a mis fin au 74° congrès du PS. Avec cette particularité, impensable il y a trois semaines à peine : à l’exception de Laurent Fabius et d’Arnaud Montebourg, la totalité des acteurs majeurs de ce Congrès sont représentés dans la nouvelle direction. Le premier, Laurent Fabius, veut rester libre de penser pour mieux se préparer à la présidentielle. On peut donc douter de la loyauté dont il fera preuve dans les temps à venir à l’égard de son parti. Pour le second, le doute n’est pas permis : il récuse la synthèse et veut fonder un nouveau courant, en marge – pour ne pas dire en opposition – de la nouvelle direction.

Clarification ou rassemblement, c’était, pour beaucoup, l’alternative que proposait le Congrès, et c’est aussi la question qui taraude les socialistes depuis un siècle. Le vote des militants a apporté une réponse à la première proposition ; le processus du congrès, sous la pression de la situation politique et sociale de la France en ce moment, a réalisé la seconde. Au détriment, indéniablement, de la première*.

D’où, une réflexion : si un congrès qui permet à la fois d’apporter une réponse indiscutable sur l’orientation majoritaire d’un parti et de ressouder les rangs à l’approche d’échéances majeures est non seulement un congrès utile, mais également un congrès digne, dont tous les militants peuvent être fiers, ce n’est en revanche, au regard de l’histoire du socialisme, pas un congrès décisif, pas l’un de ces moments forts au cours desquels l’histoire choisit son chemin. Cela, c’est désormais remis, au plus tôt, à la campagne pour la désignation de notre candidat à la présidentielle 2007. En espérant que celle-ci se déroulera dans des conditions loyales et franches, qui ne mettent pas en péril l’unité nouvellement reconquise.

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*Pourquoi ce mouvement de reculade, décidé par notre premier secrétaire, au moment où, semblait-il, il ne restait qu’à cueillir la victoire ? Une simple hypothèse : si une ligne réformiste, sans aucune ambiguïté possible, avait été adoptée, et qu’elle ait ou non rassemblé derrière elle les minorités du parti, alors le candidat à la présidentielle était de facto désigné par le congrès : Dominique Strauss-Kahn. Ce dont François Hollande, pour des raisons qui lui sont personnelles, ne voulait pas.

13 novembre 2005

Les socialistes et la France

Recherche_socialiste Parcourir les actes du colloque « 1905 – 2005 : cent ans de socialisme – les socialistes et la France », organisé par l’OURS, la Fondation Jean-Jaurès et le Parti socialiste les 22 et 23 avril dernier, à la BNF, voici une autre manière de parcourir l’histoire de notre parti : par thème, à travers les analyses des meilleurs connaisseurs de cette histoire et les témoignages de ceux qui la reprennent à leur compte. Les idées des socialistes, leur vision de la société, leur rapport à l’économie, au pouvoir, à la démocratie : une autre manière d’appréhender les nombreuses tensions qui animent le socialisme français, dans ses rapports au syndicalisme, à l’économie de marché, ou encore à l’Europe pour ne prendre que ces exemples.

Alors que va s’ouvrir le congrès du Mans qui, pour beaucoup, apparait comme un peu futile, c’est aussi l’occasion de rappeler que l’exercice du pouvoir a toujours fait question à gauche. Alain Bergougnoux cite Léon Blum : « je n’ai jamais cherché le pouvoir, (…) j’en ai détourné mon parti aussi longtemps que cela m’a paru possible ». Si les socialistes ont appris, entre temps, à ne plus se méfier du pouvoir (ce que l’extrême gauche continue à nous reprocher vertement), ils n’y reviennent jamais sans avoir pris le temps de débattre de leurs orientations et sans avoir proposé des options aux militants. Le pouvoir, à gauche (et c’est une distinction d’avec la droite dont nous avons tout lieu d’être fiers) ne se prend pas sans raison : il faut d’abord s’assurer des conditions dans lesquels il permettra des avancées sociales.

La stratégie de l’extrême-gauche (pourquoi ne pas le dire ?) est tout autre : elle vise d’abord à renverser l’ordre établi pour tout reconstruire. Avec elle, c’est tout ou rien. Si bien qu’un socialiste au pouvoir, qui risquerait d’améliorer la situation sociale, retarderait d’autant le projet révolutionnaire. Aussi, et même si c’est contradictoire avec ce projet révolutionnaire, faut-il présenter des candidats aux élections, pour faire barrage à une gauche efficace mais pas absolutiste. La critique de l’extrême-gauche à l’endroit du socialisme est destructrice.

Alors, pour conclure sur ce point, je formulerais un conseil à tous ceux qui ont des reproches à faire aux socialistes : s’ils ont des reproches, c’est certainement qu’ils ont des attentes ; au Parti socialiste, le débat est perpétuel et les voix des militants comptent. Plutôt que d’appliquer la stratégie du retardement révolutionnaire, pourquoi ne pas prendre part à nos débats ?

09 novembre 2005

Cent ans, cent socialistes

100_socialistes Cette série de cent petites biographies, richement illustrée, à travers laquelle se redessine l’histoire du socialisme en France, une histoire vivante et actuelle, ne fait l’impasse sur aucune période ni sur aucune figure, pas même celles qui ont quitté en cours de route la « vieille maison ». Elle permet, pour ceux qui désirent comprendre le passé de leur parti, de se plonger dans leurs propres racines militantes par l’intermédiaire de la vie des hommes qui les ont façonnées, hier, et qui les portent, aujourd’hui. Elle a donc un grand mérite : à l’heure où il est de bon ton de vilipender la rivalité des ambitions, cet ouvrage nous rappelle que l’histoire du socialisme est une histoire incarnée, faite du combat de militants qui, parfois, accèdent aussi aux responsabilités.

A picorer sans modération, à utiliser comme porte d’entrée.

« Cent ans, cent socialistes »,

Jean-Marc Binot, Denis Lefebvre et Pierre Serne. Ed. Bruno Leprince, 2005.