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14 janvier 2005

1905 – 2005 : un double centenaire

Ca ne vous aura sans doute pas échappé, 2005 est l’année d’un double centenaire : celui du Pari socialiste d’un côté, ou plus exactement de son ancêtre, la SFIO, dont le PS, apparu en 1971, est l’émanation directe ; celui de la fameuse loi sur la laïcité d’un autre, qui organise, depuis, les rapports entre les confessions et la République. Hasard total que cette conjonction de dates ? Certainement pas : en 1905, la Troisième République en est exactement à mi-chemin de son existence. Née, entre 1871 et 1879, sans que l’on puisse avec exactitude situer son acte de naissance, quelque part entre la chute du Second Empire et celle de Mac-Mahon, elle ne survivra pas à la seconde Guerre mondiale, mais elle aura posé entre-temps les fondations principales de nos institutions et de notre droit. Elle aura notamment forgé un corpus juridique fondamental, désigné aujourd’hui comme principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, à valeur constitutionnelle, et dont la loi sur la laïcité fait parti. Elle aura également dessiné les contours principaux des forces politiques toujours en vigueur, sinon en créant in extenso tous les partis, au moins en traçant les lignes de force qui les agitent encore aujourd’hui.

 

Jaures

Prenons le Parti socialiste : son ancêtre, la SFIO, est créé, en 1905, sur fond d’un débat encore d’actualité. Pour réaliser le progrès social, vaut-il m ieux exercer le pouvoir dans le cadre démocratique défini par la République, au risque de devoir reconnaître, épisodiquement, sa défaite face à la droite représentant le capitalisme bourgeois ? Ou ne vaut-il pas mieux, selon la stratégie révolutionnaire définie par Marx lui-même, s’emparer par tous les moyens du pouvoir, et réaliser la dictature du prolétariat ?

Entre ces deux axes opposés, de très nombreuses variantes verront le jour, de l’anarcho-syndicalisme à la social-démocratie, en passant par le communisme et toutes ses subdivisions. Le socialisme, lui, sous l’impulsion décisive de Jean Jaurès, n’aura de cesse de s’accrocher à la première voie : le progrès social commence par la démocratie, qui s’incarne dans la République ; c’est en son sein qu’il faut œuvrer pour réaliser l’égalité réelle entre les hommes. Pour citer le père fondateur : « La démocratie, c’est le minimum du socialisme ; le socialisme, c’est le maximum de la démocratie. »

 

Briand

C’est cette année-là, également, que la démocratie choisit pour couronner le principe de laïcité, par l'intermédiaire du député socialiste Aristide Briand. Issu d’une longue lutte entre l’Eglise et les anti-cléricaux, dont le terrain de prédilection aura été l’école, telle qu’elle fut définie par Jules Ferry moins d’un quart de siècle plus tôt, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat intervient un peu comme une paix des braves. Elle fixe une frontière rigide, intangible, entre le dépositaire du pouvoir, qui se doit d’être neutre, préservé des influences confessionnelles, et la vie privée, où toutes les croyances sont autorisées, dans la seule limite du respect du droit. A y regarder de près cependant, la loi elle-même ne tranche pas toutes les questions sur la laïcité, et réserve à chacun une part d’appréciation. Est-elle l’aboutissement des principes des Lumières ? Assigne-t-elle comme mission à la République de former des citoyens éclairés, libres de se déterminer par eux-mêmes, « sans dieux ni maîtres » ? Ou l’Etat doit-il assurer à chacun la liberté d’exercer son culte librement, dans l’égalité la plus stricte, quelle que soit sa religion ?

Ces questions, restées longtemps en suspens, il semble aujourd’hui que l’on soit mis en demeure d’y répondre. Les affaires successives sur le voile islamique ont fait traverser à la laïcité une sorte de crise. Pour en sortir, il faut penser à nouveau frais la démocratie, les missions fondamentales de la République, les conditions d’égalité entre les hommes. Chose étonnante : au même moment, le 21 avril 2002 faisait traverser au Parti socialiste une crise similaire, le forçant à s’interroger sur sa nature, ses origines, son avenir.

Socialisme, laïcité : il semble qu’il y ait là comme deux facettes de la démocratie, et qu’il faille aujourd’hui les revisiter. C’est pourquoi je vous propose de profiter de ce double centenaire pour y réfléchir, en guise de commémoration. 

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Voici les sites qui parlent de 1905 – 2005 : un double centenaire:

Commentaires

Bienvenue dans le monde des bloggeurs sociaux-démocrates

Bienvenue Emmanuel ! Ton sujet est clé, comment sortir de l'ornière sans flatter les communautarismes ? Sans se réfugier derrière des comportements "laïcards" et dogmatiques ? L'équation est complexe mais passionnante. A bientôt pour débattre.

Tiens tiens, "laïcards". Ce genre de termes me fait penser à celles qui se défendent, bien sûr, d'être féministes (http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2004/08/30/57-feministe-devenu-insulte).

Qu'y a-t-il de dogmatique, dans le fait de réclamer une laïcité stricte ? Le danger inhérent à cette rhétorique -- et elle a été conçue, par d'autres, dans ce but -- est qu'elle tend à assimiler la laïcité à un dogme, une religion concurrente. Et par ce fait, à lui supprimer toute légitimité pour s'imposer aux différents dogmes.

Certes, d'aucuns prétendront que la laïcité ne doit s'imposer à personne. Ils en parleront à Paul Bert.

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