Faire vivre la mémoire
Hier, on inaugurait le Mur des noms, à Paris : 76 000 noms de juifs déportés, avec la complicité du gouvernement de Vichy, dans les camps de la mort, gravés sur un mur, dans le Marais ; à la fois pour permettre de se recueillir et pour appeler à ne pas oublier. Cette semaine, jeudi prochain, le 27 janvier, journée de la mémoire de l’holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, on inaugurera le Mémorial de la Shoah, le plus grand centre européen de documentation, d’information et de sensibilisation au génocide commis par le régime nazi. Car 2005, c’est également la soixantième année écoulée depuis la libération des camps de concentration, dans lesquels six millions de juifs sont morts exterminés, ainsi que des tziganes, des militants politiques, des homosexuels, des résistants… Soixante ans de lent dessillement, au cours desquels la mémoire a eu bien du mal à se frayer un chemin. L’occasion de dire et de rappeler qu’il ne faudra jamais oublier la Shoah.
L’occasion de s’interroger aussi, sur la manière de transmettre cette mémoire, de remplir le « devoir de mémoire » auquel Primo Levi nous a éduqué. Car si la laïcité est une règle du « vivre-ensemble », la mémoire partagée, la responsabilité assumée, l’histoire élaborée en sont des conditions indispensables. L’école, relayée par l’éducation populaire, doit assurer cette tâche qui lui incombe, et réussir à faire de ce devoir de mémoire un ferment pour l’avenir, à la fois la garantie que ces crimes ne se reproduiront plus, et la meilleure manière de rappeler l’imbécillité et la dangerosité de toutes les formes de racisme.
Beau post.
Je rappelle aussi la pétition sur www.lyon3.fr contre le retour de Gollnisch à Lyon 3 suite uax propos qu'il a tenu.
Rédigé par: socdem | 24 janvier 2005 at 10:35
Les initiatives cette année sur le sujet sont nombreuses. Il n'y pas trop d'occasion d'en parler !
Je voulais réagir sur un point qui ne me paraît pas neutre.
Hier, l'émission Ripostes sur France 5 marquait le coup à sa manière: http://www.france5.fr/ripostes/
L'historienne Annette Wieviorka réagissait à l'expression "droit de mémoire". Nous avons grandi avec, mais je crois comme elle que cette formulation est devenue un slogan. Mais un slogan tellement indifférencié qu'il est devenu inopérant. Il ne marque pas quelle était la spécificité de la Shoah : une destruction industrielle et réfléchie comme telle du peuple juif. Finalement, en habillant la réflexion sur ce sujet autour du "devoir de mémoire", on occulte cette réalité qui fait trop de mal à assumer... et on peut utiliser "holocauste" ou "camp de concentration" pour n'importe quelle autre situation politique dramatique et plaquer un schéma qui ne peut être replaqué !
L'édito de Denis Jeambar dans l'Express de la semaine dernière reprend ce même point :
http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/edito/dossier.asp?ida=431280
Je crois que cette réflexion fait partie d'une certaine maturation politique et que nous ne faisons que l'amorcer...
Rédigé par: Danielle | 24 janvier 2005 at 14:13
Bonjour,
J'ai visité Auschwitz il ya quelques années et un événement troublant m'a fait prendre conscience de la difficulté de transmettre le souvenir de cette horreur.
Je raconte cette histoire sur http://thebenitoreport.typepad.com/
A bientôt
Rédigé par: benoit de TheBenitoReport | 24 janvier 2005 at 18:22
La Shoah nous met en effet face à un nombre presque incommensurables de défis, tous trop gigantesques. Il y a celui de la transmission, que soulève Benoît. Il est certain qu’avec la disparition des témoins directs, la Shoah va devenir de plus en plus une page d’histoire, bien difficile à matérialiser. D’autant plus difficile que l’évènement lui-même est presque impossible à appréhender dans la démesure de son horreur. S’imaginer une entreprise industrielle, qualifiée de « solution finale », qui fait disparaître les deux tiers des juifs présents en Europe en 1939, cela ne relève justement pas de l’imagination. Transmettre cela à ceux qui ne l’auront ni vécu, ni n’auront connu ceux qui l’ont vécu, va s’avérer être une tâche fondatrice, je pense, pour notre génération. Et c’est en cela, Danielle, que l’on peut parler de « devoir de mémoire ».
Je suis pour ma part attaché à cette notion de devoir de mémoire, non en ce qu’elle masque la spécificité de la Shoah – ce qui veulent ne pas voir auront toujours à portée de main un bandeau suffisamment large – mais au contraire en ce qu’elle forge un destin commun. Les harkis ou les indépendantistes algériens ont eux aussi un droit de mémoire, et nous avons tous, français, un devoir de mémoire envers eux. Cette mémoire-là n’est pas remplie de la même matière que celle de la Shoah, non qu’il s’agisse de rivaliser en horreur (ce qui serait tout aussi inepte que scabreux), mais que les évènements ne sont pas de même nature. Ce qui est de même nature en revanche, c’est la mémoire elle-même, qui permet de s’approprier et de partager un passé, sans que des filiations biologiques, culturelles, ethniques ou religieuses entrent en ligne de compte dans la répartition des tords et des dus. La mémoire permet tout à fois de pérenniser les identités sans reconduire les antagonismes. Elle est, avec la justice, l’une des fonctions essentielles de pacification sociale à notre portée.
Parce que – et c’est l’un des défis en face desquels nous place la Shoah, non des moindres – il faut continuer à vivre après l’indicible, il est essentielle d’apprendre à partager cette mémoire, en sachant à la fois reconnaître ce qu’elle a d’unique, voire ce qu'elle a d'impossible, et en sachant la mettre à disposition de tous.
Rédigé par: Emmanuel | 24 janvier 2005 at 22:31
Bonjour. Je développe sur mon blog une théorie selon laquelle MonsieurX, l'auteur de "Au secours Lionel revient" n'est autre que : Découvrez ma réponse sur http://thebenitoreport.typepad.com/
Rédigé par: benoit de TheBenitoReport | 25 janvier 2005 at 14:26
Re... je m'excuse par avance d'avoir si sauvagement changer le sujet du débat.
Rédigé par: benoit de TheBenitoReport | 25 janvier 2005 at 14:27
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Rédigé par: atsulcedsoq | 04 juin 2007 at 14:01
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