août 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31

Les notes récentes

Les commentaires récents

Blog powered by TypePad

Accueil | février 2005 »

30 janvier 2005

Mémoire et réconciliation

Aujourd'hui, 60 ans après, un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s'unissent au moins pour lutter contre la haine de l'autre, contre l'antisémitisme, contre le racisme, contre l'intolérance" Simone VEIL, Birkenau, jeudi 27 janvier

D’abord je voudrais faire part d’un motif de réjouissance : les débats qui ont animé la commémoration de la libération des camps de concentration me semblent avoir été extrêmement sains. Savoir comment il faut transmettre la Shoah, si la mémoire doit être « imposée » aux générations futures ou s’il faut s’astreindre au rigoureux mais silencieux travail de l’historien, se demander quel est le meilleur cadre pour enseigner le génocide des juifs ou la fréquence avec laquelle il faut évoquer les évènements de la seconde Guerre mondiale, ce sont autant de questions parfaitement légitimes et utiles pour l’avenir. Mais elles témoignent en même temps que la mémoire a su faire son chemin, que l’histoire a su établir ses vérités, que la conscience populaire n’éprouve plus ni comme un tabou ni comme une gêne cette période de l’Histoire de l’humanité. Le temps qu’il aura fallu est certainement à la mesure de la catastrophe, mais la teneur de ces débats montre qu’il ne se sera pas écoulé vainement.

Pour retrouver les éléments de ces débats, je vous conseille l’excellente page de RFI (excellente pour la teneur des émissions en lien) :

Il y a 60 ans, la libération des camps

Pour finir, je voudrais faire part d’une appréciation personnelle : ce que nous a peut-être enseigné la seconde Guerre mondiale et son cortège d’atrocités sans pareilles dans l’Histoire, c’est la nécessité qu’il y a à s’unir et à se réconcilier, aussi bien avec son passé qu’avec ses contemporains. La construction européenne fait plus qu’en témoigner : elle en est une incarnation vivante. Un autre phénomène qui se développe en Afrique emprunte cette voie : ce sont les Commissions « vérité et réconciliation » qui essaiment, à la suite de celle qu’a présidée, en Afrique du Sud, à partir de 1993, Mgr Desmond Tutu. Burundi, Sierra Leone, Maroc, et surtout, parce que là aussi, il s’agit d’un génocide, Rwanda. Dans ce dernier cas, la concomitance d’un Tribune Pénal International pour le Rwanda et d’une Commission « Unité et Réconciliation » est une expérience sur laquelle il convient de se pencher avec attention, sans faire d’angélisme, en évitant toute naïveté.

24 janvier 2005

Faire vivre la mémoire

Mur_shoa_2  Hier, on inaugurait le Mur des noms, à Paris : 76 000 noms de juifs déportés, avec la complicité du gouvernement de Vichy, dans les camps de la mort, gravés sur un mur, dans le Marais ; à la fois pour permettre de se recueillir et pour appeler à ne pas oublier. Cette semaine, jeudi prochain, le 27 janvier, journée de la mémoire de l’holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, on inaugurera le Mémorial de la Shoah, le plus grand centre européen de documentation, d’information et de sensibilisation au génocide commis par le régime nazi. Car 2005, c’est également la soixantième année écoulée depuis la libération des camps de concentration, dans lesquels six millions de juifs sont morts exterminés, ainsi que des tziganes, des militants politiques, des homosexuels, des résistants… Soixante ans de lent dessillement, au cours desquels la mémoire a eu bien du mal à se frayer un chemin. L’occasion de dire et de rappeler qu’il ne faudra jamais oublier la Shoah.

Memorial_shaoh_4L’occasion de s’interroger aussi, sur la manière de transmettre cette mémoire, de remplir le « devoir de mémoire » auquel Primo Levi nous a éduqué. Car si la laïcité est une règle du « vivre-ensemble », la mémoire partagée, la responsabilité assumée, l’histoire élaborée en sont des conditions indispensables. L’école, relayée par l’éducation populaire, doit assurer cette tâche qui lui incombe, et réussir à faire de ce devoir de mémoire un ferment pour l’avenir, à la fois la garantie que ces crimes ne se reproduiront plus, et la meilleure manière de rappeler l’imbécillité et la dangerosité de toutes les formes de racisme.

23 janvier 2005

Quel islam pour quelle laïcité ?

par Hakim El Ghissassi

Ala "une" d'un grand quotidien national, un titre : "Les RG traquent l'islam radical", et une photo : des musulmans en position de prière dans une rue populaire du 18e arrondissement de Paris. La légende de la photo a omis de signaler que les fidèles font ainsi la prière faute de place dans le lieu du culte musulman. Depuis plusieurs années, la municipalité du 18e étudie la possibilité de doter les musulmans de lieux dignes et plus spacieux ; un projet doit être concrétisé d'ici à 2006.

Lire la suite "Quel islam pour quelle laïcité ?" »

22 janvier 2005

Une semaine de ripostes à Sarkozy

Cette semaine, « feu sur Sarkozy » semblait être le mot d’ordre… à droite ! Avec comme point de mire, ses propositions en vue de réviser la loi de 1905. Au risque le plus souvent de devoir promouvoir un modèle d’intégration assimilationniste. Voilà ce que ça donne dans le texte :

Mardi 18 janvier : Christian Poncelet, président du Sénat, vœux à la Presse

http://www.senat.fr/presidence/voeuxdixhuitjanvier.html

« Ce retour sur la laïcité, cette idée neuve en Europe, ce pilier de notre pacte républicain, devrait nous permettre de vérifier le bien fondé de la riposte de mars 2004 qui a permis de donner un coup d'arrêt à la dérive communautariste, à la crispation identitaire et au repli sur soi. »

« Mais les tenants, soi-disant modernistes, d'un communautarisme à l'anglo-saxonne finiront par l'emporter si nous ne sommes pas capables de nous doter, dans les meilleurs délais, des moyens budgétaires indispensables à une véritable relance de la machine à intégrer, c'est-à-dire à une remise en marche du creuset républicain. »

Mercredi 19 janvier, André Rossinot, président du Parti radical, vœux à la presse

http://www.parti-radical.asso.fr/pop_discours_voeux.htm

« C’est vrai que la société change et se transforme, que les flux migratoires se sont développés, que la France laïque a aujourd’hui de multiples visages confessionnels. Néanmoins, je suis de ceux qui pensent que l’apparition et l’extension de la religion musulmane dans notre pays ne doit pas bouleverser le cadre juridique de la loi de 1905. Cette religion a parfaitement sa place comme expression d’une foi personnelle, mais il ne semble pas opportun de lui réserver aujourd’hui un traitement particulier, en prenant le risque à terme de fragiliser les libertés religieuses. »

Jeudi 20 janvier, François Fillon, ministre de l’éducation, discours à Marne-la-Vallée

http://permanent.nouvelobs.com/politique/20050120.OBS6733.html

« A l'instar du président de la République, je crois qu'il ne faut pas revenir sur cette loi symbolique autour de laquelle s'est structuré notre paysage politique, culturel et cultuel. J'invite à ne pas rouvrir la boîte de Pandore. »

« Des forces enfouies, que nul ne doit sous estimer, viendraient à s'exprimer et j'en redoute les conséquences. »

 

L’ornière à droite est profonde : d’un côté le laïcisme strict, avec un certain relent anti-islamique qui n’est pas de très bon aloi dans un milieu politique à dominante catholique, d’un autre un mode de communautarisation qui n’hésite pas à renvoyer aux oubliettes les principes fondamentaux de la laïcité. Le problème, c’est que manifestement le débat est parasité par des enjeux stratégiques internes. Espérons que, dans cette histoire, les citoyens ne soient pas pris en otage à des fins électoralistes…

19 janvier 2005

Jours fériés et fêtes religieuses

AidelkebirDemain, jeudi, c'est une fête d'Aïd-El-Kébir… non fériée. Le rapport de la commission Stasi avait pourtant préconisé une loi composée de deux volets : d’une part une interdiction de porter des « tenues et signes manifestant une appartenance religieuse ou politique », d’autre part la création de deux nouveaux jours fériés pour deux fêtes religieuses, l’Aïd et Kippour. Les parlementaires n’auront pas fait grand cas de la deuxième partie, qui devient ainsi purement cosmétique. Elle avait fait un peu de bruit, un peu trop peu-être, et n’avait pas été relayée par les organisations confessionnelles. Elle portait en germe une conception assez particulière de la laïcité, tendant à rendre plus souple la frontière entre le public et le privé, tout en la conservant, et à reconnaître à la société française un caractère multiculturel. Etait-ce cependant une bonne idée ? à votre avis ?

18 janvier 2005

Réponse d'un clerc laïque à un politique religieux

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy à propos de la laïcité
par Mgr Claude DAGENS

Je tombe sur cette belle réponse de l’évêque d’Angoulême à Nicolas Sarkozy, datée du 17 novembre 2004, à propos de son livre et de la laïcité. Je laisse au religieux ce qui appartient au religieux ; voici ce qui concerne la laïcité :

« (…) l’on ne peut pas ignorer que le sacré républicain n’est plus ce qu’il a été, précisément un substitut au sacré des religions, et spécialement du catholicisme, et aussi (…) que les appartenances religieuses sont aujourd’hui également incertaines et fragiles. On ne peut donc pas rêver d’une sorte de sainte alliance entre la République et les religions. Il faut plutôt constater, avec réalisme, que nous avons tous à être nous-mêmes en relevant le défi de ces fragilités communes. »

Cette remise sur un pied d’égalité, ou plutôt en parallèle, des situations républicaines et religieuses me satisfait davantage : il y a une situation sociale donnée que, chacun dans son domaine, le religieux et le politique doivent aborder, en restant dans leur propre rôle. L’évêque refuse donc l’appel du pied de l’ancien ministre.

« Monsieur le Ministre, ne nous ramenez pas à ces conflits du XIXe siècle, qui dressaient l’un contre l’autre le camp de la raison et celui des religions, pour ne rien dire des droits de l’homme censés ruiner les droits de Dieu ! »

Tiens tiens, le prélat charentais tire les mêmes conclusions que nous des prétentions religieuses du chef de l’UMP… Pas de concurrence des valeurs !

« Vive la République laïque et vivent les hommes politiques qui nous encouragent à ce dialogue si nécessaire ! »

Bon, je vous conseille de lire la lettre dans le détail, ça vaut le coup ! Et si vous avez d’autres exemples de réponse à Sarko, je suis preneur !

17 janvier 2005

Un laïc, Sarkozy ?

Sarkozy

J’ai voulu en avoir le cœur net, et je suis allé feuilleter son bouquin. Je vous en reparlerai souvent, de celui-là, je le sens…

Passons sur l’opinion de l’auteur sur la loi de 1905, en tout cas pour cette fois : après tout, on peut être laïque et vouloir l’égalité entre les religions, donc trouver dépassée cette loi qui maintient un statu quo inique. Que l’on soit d’accord ou pas, ça se tient.

« La laïcité n’est pas l’ennemi des religions. Bien au contraire. La laïcité, c’est la garantie de pouvoir croire et vivre sa foi. » (p. 15) Avec sa manie de vouloir en faire trop, Sarko dépasse déjà son objectif. Comme si, dans la laïcité, il n’y en avait que pour les religions… J’espère bien, tout de même, que la laïcité garantit également de pouvoir ne pas croire, ne pas avoir de foi, de religion ou de confession… Bon, mais à cette remarque près, je suis encore d’accord avec l’ancien ministre des Cultes.

Alors j’ai cherché, si l’on pouvait être laïque et ne pas croire, selon lui… et je n’ai (presque) pas trouvé. Pour Sarko, sans croyance, manifestement, pas de salut.

« L’idéal républicain d’égalité des chances, de méritocratie, de développement de tous les territoires, d’éducation pour tous, reste d’une actualité brûlante. Mais il y a une complémentarité que l’on ne peut nier entre cet idéal et le message originel des religions. » (p. 19) Complémentarité ? Les deux messages se complètent ? Autrement dit, celui qui n’en détient que la moitié est dévalué ? Le mécréant est un citoyen de seconde zone, parce qu’il lui manque le pendant nécessaire aux valeurs républicaines : les valeurs religieuses ? L’on frise l’intolérance, Monsieur le Ministre…

Mais il y a plus grave encore : s’il y a vraiment complémentarité, cela veut aussi dire que les principes républicains ne se suffisent pas à eux-mêmes ; et que, donc, l’école laïque n’enseigne pas tout ce qu’il revient à un citoyen de savoir.

On y vient : « On ne peut pas éduquer les jeunes en s’appuyant exclusivement sur des valeurs temporelles, matérielles, voire même républicaines. L’éducation religieuse est un enjeu important car c’est l’une des seules activités proposées aux jeunes qui ne soit pas tournée uniquement ou principalement vers la satisfaction de leur personne. […] La dimension morale est plus solide, plus enracinée, lorsqu’elle procède d’une démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu’elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain. » (pp. 162-163)

Je ne sais pas pourquoi, mais moi qui m’estime être un laïc plutôt transigeant, respectueux et peut-être même admiratif des religions, ça me gêne, cette histoire de complémentarité… et vous, vous en pensez quoi ?

14 janvier 2005

1905 – 2005 : un double centenaire

Ca ne vous aura sans doute pas échappé, 2005 est l’année d’un double centenaire : celui du Pari socialiste d’un côté, ou plus exactement de son ancêtre, la SFIO, dont le PS, apparu en 1971, est l’émanation directe ; celui de la fameuse loi sur la laïcité d’un autre, qui organise, depuis, les rapports entre les confessions et la République. Hasard total que cette conjonction de dates ? Certainement pas : en 1905, la Troisième République en est exactement à mi-chemin de son existence. Née, entre 1871 et 1879, sans que l’on puisse avec exactitude situer son acte de naissance, quelque part entre la chute du Second Empire et celle de Mac-Mahon, elle ne survivra pas à la seconde Guerre mondiale, mais elle aura posé entre-temps les fondations principales de nos institutions et de notre droit. Elle aura notamment forgé un corpus juridique fondamental, désigné aujourd’hui comme principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, à valeur constitutionnelle, et dont la loi sur la laïcité fait parti. Elle aura également dessiné les contours principaux des forces politiques toujours en vigueur, sinon en créant in extenso tous les partis, au moins en traçant les lignes de force qui les agitent encore aujourd’hui.

 

Jaures

Prenons le Parti socialiste : son ancêtre, la SFIO, est créé, en 1905, sur fond d’un débat encore d’actualité. Pour réaliser le progrès social, vaut-il m ieux exercer le pouvoir dans le cadre démocratique défini par la République, au risque de devoir reconnaître, épisodiquement, sa défaite face à la droite représentant le capitalisme bourgeois ? Ou ne vaut-il pas mieux, selon la stratégie révolutionnaire définie par Marx lui-même, s’emparer par tous les moyens du pouvoir, et réaliser la dictature du prolétariat ?

Entre ces deux axes opposés, de très nombreuses variantes verront le jour, de l’anarcho-syndicalisme à la social-démocratie, en passant par le communisme et toutes ses subdivisions. Le socialisme, lui, sous l’impulsion décisive de Jean Jaurès, n’aura de cesse de s’accrocher à la première voie : le progrès social commence par la démocratie, qui s’incarne dans la République ; c’est en son sein qu’il faut œuvrer pour réaliser l’égalité réelle entre les hommes. Pour citer le père fondateur : « La démocratie, c’est le minimum du socialisme ; le socialisme, c’est le maximum de la démocratie. »

 

Briand

C’est cette année-là, également, que la démocratie choisit pour couronner le principe de laïcité, par l'intermédiaire du député socialiste Aristide Briand. Issu d’une longue lutte entre l’Eglise et les anti-cléricaux, dont le terrain de prédilection aura été l’école, telle qu’elle fut définie par Jules Ferry moins d’un quart de siècle plus tôt, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat intervient un peu comme une paix des braves. Elle fixe une frontière rigide, intangible, entre le dépositaire du pouvoir, qui se doit d’être neutre, préservé des influences confessionnelles, et la vie privée, où toutes les croyances sont autorisées, dans la seule limite du respect du droit. A y regarder de près cependant, la loi elle-même ne tranche pas toutes les questions sur la laïcité, et réserve à chacun une part d’appréciation. Est-elle l’aboutissement des principes des Lumières ? Assigne-t-elle comme mission à la République de former des citoyens éclairés, libres de se déterminer par eux-mêmes, « sans dieux ni maîtres » ? Ou l’Etat doit-il assurer à chacun la liberté d’exercer son culte librement, dans l’égalité la plus stricte, quelle que soit sa religion ?

Ces questions, restées longtemps en suspens, il semble aujourd’hui que l’on soit mis en demeure d’y répondre. Les affaires successives sur le voile islamique ont fait traverser à la laïcité une sorte de crise. Pour en sortir, il faut penser à nouveau frais la démocratie, les missions fondamentales de la République, les conditions d’égalité entre les hommes. Chose étonnante : au même moment, le 21 avril 2002 faisait traverser au Parti socialiste une crise similaire, le forçant à s’interroger sur sa nature, ses origines, son avenir.

Socialisme, laïcité : il semble qu’il y ait là comme deux facettes de la démocratie, et qu’il faille aujourd’hui les revisiter. C’est pourquoi je vous propose de profiter de ce double centenaire pour y réfléchir, en guise de commémoration.