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30 janvier 2005

Mémoire et réconciliation

Aujourd'hui, 60 ans après, un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s'unissent au moins pour lutter contre la haine de l'autre, contre l'antisémitisme, contre le racisme, contre l'intolérance" Simone VEIL, Birkenau, jeudi 27 janvier

D’abord je voudrais faire part d’un motif de réjouissance : les débats qui ont animé la commémoration de la libération des camps de concentration me semblent avoir été extrêmement sains. Savoir comment il faut transmettre la Shoah, si la mémoire doit être « imposée » aux générations futures ou s’il faut s’astreindre au rigoureux mais silencieux travail de l’historien, se demander quel est le meilleur cadre pour enseigner le génocide des juifs ou la fréquence avec laquelle il faut évoquer les évènements de la seconde Guerre mondiale, ce sont autant de questions parfaitement légitimes et utiles pour l’avenir. Mais elles témoignent en même temps que la mémoire a su faire son chemin, que l’histoire a su établir ses vérités, que la conscience populaire n’éprouve plus ni comme un tabou ni comme une gêne cette période de l’Histoire de l’humanité. Le temps qu’il aura fallu est certainement à la mesure de la catastrophe, mais la teneur de ces débats montre qu’il ne se sera pas écoulé vainement.

Pour retrouver les éléments de ces débats, je vous conseille l’excellente page de RFI (excellente pour la teneur des émissions en lien) :

Il y a 60 ans, la libération des camps

Pour finir, je voudrais faire part d’une appréciation personnelle : ce que nous a peut-être enseigné la seconde Guerre mondiale et son cortège d’atrocités sans pareilles dans l’Histoire, c’est la nécessité qu’il y a à s’unir et à se réconcilier, aussi bien avec son passé qu’avec ses contemporains. La construction européenne fait plus qu’en témoigner : elle en est une incarnation vivante. Un autre phénomène qui se développe en Afrique emprunte cette voie : ce sont les Commissions « vérité et réconciliation » qui essaiment, à la suite de celle qu’a présidée, en Afrique du Sud, à partir de 1993, Mgr Desmond Tutu. Burundi, Sierra Leone, Maroc, et surtout, parce que là aussi, il s’agit d’un génocide, Rwanda. Dans ce dernier cas, la concomitance d’un Tribune Pénal International pour le Rwanda et d’une Commission « Unité et Réconciliation » est une expérience sur laquelle il convient de se pencher avec attention, sans faire d’angélisme, en évitant toute naïveté.

Commentaires

Effectivement beaucoup de debats assez sains sur le sujet. J'ai ete surprise d'apprendre que des eleves se rebellent quand on veut enseigner cette partie de l'histoire d'Europe. J'ai bien apprecie l'explication d'un prof de Lille qui, devant la difficulte d'enseigner la Shoa, a decide d'insister sur les differentes populations qui formaient la France a cette epoque la. Il utilise des photos de tous les jours d'enfants , de femmes et d'hommes juifs, tous francais, tous deportes. Il montre qu'on est tous les meme, qu'il n'y a aucune raison de rejeter telle ou telle communaute. Le paralelle avec la situation actuelle semble evident (le probleme des communautes) et cela touche certainement ceux qui ont l'impression d'appartenir a une communaute mal integree, ceux qui rejettent aussi cette partie de l'histoire de France. Cela leur montre que c'est une partie importante de l'histoire. Ceci dit au dela de l'union et de la reconciliation necessaire, je crois qu'il faut enseigner l'horreur, j'ai visite Birkenau a 18 ans, et ce que j'ai vu n'etait pas dans les cours d'histoire, une horreur systematisee, la justification de la notion de Crime contre l'humanite. Cette inhumanite m'a vraiment marquee. Elle est specifique et il faut l'enseigner, en esperant que les generations futures en tireront les lecons necessaires.

Tu pointes avec exactitude la grande difficulté de l'enseignement de la Shoah, Mika: respecter l'unicité de l'évènement, son atrocité toute particulière, et en même temps en faire un enseignement, c'est-à-dire quelque chose qui soit partagé par tous et qui puisse servir aux générations futures. Ce passage est particulièrement délicat, et pourtant impératif, si l'on veut pas que toutes les phrases comme celle que j'ai mise en exergue, de Simone Veil, restent lettre morte.

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