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12 février 2005

« Un bac Henri IV et un bac Sarcelles »

Tel est le propos d’un jeune lycéen en colère.

LycensPourquoi le mouvement de protestation des lycéens prend-il une telle ampleur devant un texte aussi minable, si minable que son premier pourfendeur s’appelle Jean-Louis Debré ? Si minable que le Ministre de l’éducation a dû revoir sa copie, sous les biffures du Président du Conseil constitutionnel, avant même d’en défendre la première ligne ? L’on se souvient d’un Fillon aux allures de fort-en-thème, jeune premier de la classe UMP, qui imposait "sa" réforme des retraites aux manifestants défaits, en 2003. L’on voit désormais un cancre, un rien morveux, qui conteste les sanctions de ses aînés et se fait déchirer son devoir par des lycéens en colère…

Je passe sur une première hypothèse : l’apprenti-ministre Fillon, qui rêvait de voir son talent reconnu par le censeur élyséen, fait la grève du zèle en plongeant son surveillant d’étude de Matignon dans l’embarras législatif. J’en viens à l’essentiel : les lycéens, qui savent pertinemment que leur avenir se joue sur les bancs du lycée, ne peuvent tolérer que des ministres frustrés se vengent de leurs ambitions personnelles sur leur dos.

Cette réforme était annoncée en grande pompe comme un remède à la déliquescence d’un système scolaire qui n’est plus intégrateur du tout. On se retrouve avec un torchon. Lorsque les lycéens dénoncent « un bac Henri IV » qui vaut plus qu’ « un bac Sarcelles », ils ne parlent pas des effets d’une loi : ils parlent, sans trop en avoir conscience peut-être, d’une réalité qui existe d’ores et déjà, pour les employeurs et pour les grandes écoles, pour leur avenir professionnel et pour leur devenir social. Et ils enragent qu’un ministre se foute aussi ouvertement de leur gueule, alors que la société en est déjà à débattre de discrimination positive. Alors qu'on leur parle, le dimanche après-midi, de "positive-attitude"...

Commentaires

Il rêvait aussi, comme beaucoup de ministres, de faire sa réforme.

C'est quant même terrible de mobiliser autant de moyens (Rappellez vous la vaste consultation des acteurs de l'éducation) pour faire une réformette aussi minable mais avec quelques pointes un peu réacs asez inquiétantes.

Dommage que ton texte ne decortique par la reforme en elle meme au lieu de s'attaquer a la personalite du Ministre. Au dela du probleme "un bac Sarcelles et un bac henri 4" il y a aussi le probleme des etablissements prives. Il serait bien tentant pour des lycees prives en manque de financement d'etre particulierement indulgent sur le controle continu. Certaines classes sociales pourraient donc "acheter" le bac de leurs enfants...geniale evolution de l'enseignement en France...

Mais c'est normal Mika:Le ministre nous pond une réforme qui n'est que tacticienne, qui change quelques trucs certes mais qui surtout donne deux trois gages à la partie la plus passeiste de l'électorat UMP.

Il se trouve que je n'habite pas en france et je n'ai entendu de cette reforme que le remue-menage qu'elle a engendre. A part l'introduction du controle continu (et ca il aurait pu s'en passer) je ne sais pas quelles autres modifications elle contient. J'imagine qu'elle change bien quelques trucs importants pour soulever un tel mecontentement. J'aurais aime discute de la reforme plutot que de discuter de telle ou telle pratique demagogue d'un ministre (meme si ca aussi c'est un sujet interessant)

Eh bien si la réforme en elle-même participe d'une stratégie démagogue, il est normal que ce soit à celle-ci qu’on s’attaque. Comme dans toute réforme, tout n’est pas à jeter. Ainsi, je suis, pour ma part, favorable à l’accompagnement individualisé des élèves en difficulté. Le problème de cette meure-même, c’est qu’elle est contradictoire avec la suppression des travaux encadrés, qui étaient l’occasion pour les professeurs de suivre plus attentivement leurs élèves, et de faire avec eux un peu de pédagogie autre que magistral. Même là-dessus, c’est donc un pas en avant, un pas en arrière.
Pour ce qui est des objectifs, on affiche « 80% d’une génération atteignant le bac ». Facile, si on le dévalue. Mais surtout, je reprends ce que je disais dans ma note : la dévaluation, aux yeux de la société, existe déjà. Un recruteur lambda préfère déjà un cancre de bonne famille sortie d’une boîte à bac qu’un bon élève d’un lycée de banlieue. La seule solution, c’est justement de revaloriser le bac, en en faisant un étalon fiable de la qualité des élèves. Il faut que ça redevienne un diplôme vendeur.
On m’a répondu, hier, à ce sujet, qu’un bac, de toute façon, ça ne suffit plus, et que passées les premières expériences professionnelles on ne regarde plus le bac. Mais justement : pour un jeune de banlieue qui veut s’en sortir, ce sont ces première expériences qui sont primordiales. Si on veut lui donner la moindre chance de succès dans la vie, il faut faire cesser la discrimination à ce niveau-là. Et par conséquent, il faut que l’employeur ait davantage envie de regarder la mention obtenue que l’adresse du lycée.
Je dis ça en parfaite connaissance de cause : je n’étais pas un excellent élève au lycée, mais pour mes premiers employeur, le nom du lycée, bien réputé, suffisait largement…

a propos de cette réforme, le seul résultat est des jeunes dans la rue, et ils ont raison, de qui se moque-t-on? le bac s'est bien sûr très important pour ces jeunes et la porte ouverte à l'entrée dans des écoles ou universités, alors un bac ciblé banlieu ou beaux quartiers n'est pas une utopie, ça sera la réalité. Mais le vrai problème se situe allieurs, comment donner les mêmes chances à tous eh bein en donnant aux lycées des ZEP les moyens : des profs qualifiés en nombre suffisant pour avoir des effectifs réduits par classe( 15 à 18) et surtout pas de jeunes profs que l'on envoie au casse pipe à la sortie des IUFM dans ces zones, c'est proprement honteux de voir cette situation se pérenisée, dans les lycées "haut de gamme" des centres villes des classes à effectif important serait bien moins pénalisant pour ces élèves qui de toute façon peuvent se faire aider par les parents ou des cours particuliers payants. Quant à l'enseigement des langues étrangères je ne vois pas comment on peut y arriver avec 30 à 40 élèves dans un cours, comment faire s'exprimer tous les élèves dans ces conditions?

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