Vous pouvez choisir de subir l’alternative entre le rétrograde Sarkozy et Raffarin le conservateur, l’un voulant revenir sur la loi de 1905 pour renouer une alliance sacrée entre le religieux et le politique, au risque de la « guerre des dieux », l’autre refusant d’équilibrer les cultes, au nom de l’édifice séculaire de la laïcité. Le Premier ministre, dans sa tribune dans le journal La Croix de lundi, redonnait des points de passéisme à son ancien ministre des Cultes : « Une évolution législative en ce domaine ne pourrait être partielle : toucher à une partie de l’édifice - fût-ce avec des intentions louables - conduirait immanquablement à des réactions qui ébranleraient tout notre système. » Autant traduire, pour ceux qui n’ont pas La Croix avec leur croissant : si vous, lecteurs catholiques, vous ne voulez pas perdre vos prérogatives de culte le plus aidé de France, abstenez-vous de suivre le président de l’UMP.
Ou bien vous pouvez vous adonner à la riche lecture des tribunes un peu plus consistantes qui fleurissent cette semaine, avec le lancement des cérémonies officielles de commémoration de la loi de 1905.
Michel Wieviorka, dans Une solution pour intégrer l’islam dans la société (Le Figaro de mardi), critique une vision de la laïcité qui serait devenue conservatrice : « aujourd'hui, beaucoup y voient un recours face aux menaces qui pèsent, ou qui pèseraient, sur les institutions ou sur l'identité nationale. » Il se livre ensuite à une critique a posteriori du contexte de la loi du 15 mars 2003, accusée de n’avoir « pas favorisé le dialogue avec les citoyens français de confession musulmane, [de ne pas s’être] pas caractérisé par des efforts pour faire preuve de pédagogie et d'explication, ne serait-ce qu'à propos de l'application de la loi ».
Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération Protestante de France, dans 1905-2005, l’Etat face aux Eglises (Le Monde daté du 15 février), pose la question du pluralisme et de son évolution en un siècle : « Aujourd'hui, la loi de 1905 ne doit-elle pas être adaptée à une nouvelle configuration religieuse où, aux quatre cultes reconnus par le Concordat et les articles organiques, toujours en vigueur en Alsace et Moselle, à savoir les cultes catholique, juif, luthérien et réformé, se sont ajoutés les cultes orthodoxe, musulman, évangélique et pentecôtiste, et des cultes orientaux, dont le bouddhisme ? »
Enfin, signalons deux tribunes qui plaident pour un islam occidental, moderne et déconnecté de toute pression extérieure : Manifeste pour un islam européen, par Abdennour Bidar, dans Le Monde du 14 février, et Au nom de la citoyenneté !, (Le Figaro du 14 février) par Antoine Sfeir (qu’on ne présente plus, surtout lorsqu’on regarde Arte).
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