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29 avril 2005

Réponse à Etienne Chouard

Moi aussi, lorsque j’ai reçu le texte d’Etienne Chouard, à première vue, je me suis réjoui : une analyse critique du Traité constitutionnel, que j’ai lu et même décortiqué, ça ne pouvait qu’être enrichissant, surtout de la part d’un professeur de droit. Même si j’étais déjà pour le Traité, dans lequel il ne me semblait y avoir que des avancées par rapport au Traité de Nice, je ne voulais pas risquer de passer à côté de quelque chose d’essentiel, un point crucial qui m’aurait échappé et qui risquait de mettre en péril, dans ce nouveau traité, tout ce pour quoi je me bats : le progrès social, la défense des salariés, la redistribution des richesses, la régulation de l’économie, la sauvegarde des services publics, l’environnement, etc etc. L’introduction de M. Chouard était alléchante : une lecture critique et documentée, de la part d’un spécialiste de la question, c’est une aubaine pour quelqu’un qui, comme moi, s’intéresse à la construction européenne depuis quelques années. Mais j’ai rapidement déchanté : les arguments sont grossiers, et sans rapport avec le Traité. Il en parle comme s’il devait s’agir de la Constitution d’un Etat-nation, sans jamais parler de la construction européenne, des anciens traités, du fonctionnement des institutions actuelles. C’est un peu comme si l’on disait que les règles d’un sport collectif, le foot par exemple, ne sont pas adaptées à un sport individuel, comme le tennis. Evidemment, un Traité, même constitutionnel, ce n’est pas la même chose que la constitution d’un pays. En réalité, presque toute son argumentation est fondée sur ce malentendu, et du coup l’on n’a même pas l’impression qu’il parle d’Europe. Mais en plus, j’ai trouvé des références qui m’ont fait bondir. Par exemple, la plupart des choses que reproche indûment Etienne Chouard au Traité constitutionnel existent dans notre Constitution française, sans qu’elles nous choquent. Vous le verrez plus bas. Parler également de l’entrée de la Turquie, comme si c’était une conséquence de l’adoption de ce traité, est absolument faux. Du coup, je me suis demandé s’il n’y avait des intentions cachées derrière ce texte. Et quand j’ai appris qu’Etienne Chouard n’était pas professeur de droit (titre réservé aux universitaires) je n’ai pas véritablement été surpris : il est presque impossible qu’un professeur de droit attitré, aguerri aux questions juridiques, commette de telles erreurs.

J’ai pris quelques notes en lisant le texte : vous les trouverez en rouge, entre les paragraphes. Ce n’est certainement pas la vérité infuse contre le mensonge éhonté, mais en tout cas ça répond à des arguments qui, la plupart du temps, ne sont fondés sur rien, et ne procède même pas d’une lecture sérieuse du texte du Traité. Etienne Chouard prétend ne pas avoir de parti pris au début : moi, j’en ai bien un. Je suis pleinement favorable à la construction européenne, qui doit aller vers plus de démocratie, de justice sociale, de régulation de l’économie et donc de lutte contre une mondialisation sauvage. Cette critique m’a renforcé, à contrario de son objectif, dans mon approbation du Traité constitutionnel ; mais je reste pleinement ouvert au débat ;-)

Bonne lecture quand même !

Lire la suite "Réponse à Etienne Chouard" »

27 avril 2005

La vraie question...

... vous la trouverez ici

Leouidedsk_1_3

La suite dès demain sur www.leouidedsk.net

25 avril 2005

A quoi pense ATTAC?

Attac Vous souvenez-vous du jour de janvier 2000 où la LCR et LO ont fait échouer la résolution du Parlement européen demandant la mise à l’étude de la taxe Tobin ? A l’époque, ATTAC avait vertement tancé les deux partis trotskistes pour ce sabotage en règle. Il n’en irait certainement pas ainsi aujourd’hui, vu le nombre de militants de la LCR qui composent désormais les comités locaux d’ATTAC, mais là n’est pas la question.

Une petite anecdote sur cet épisode funeste : Harlem Désir, député socialiste européen, consterné devant le détail des votes, s’était retourné vers Arlette Laguiller dans l’hémicycle et, les bras ballants, lui avait demandé : « Pourquoi ? » « On ne fait pas la révolution à petit pas » fut sa réponse.

Mon souhait n’est pas du tout que nous fassions la révolution, mais que l’on donne une chance aux bonnes solutions de voir le jour, que l’on parvienne enfin à une gouvernance véritablement démocratique de l’Europe, et que l’on fasse avancer l’Europe sociale.

A ce titre, je m’étonne fortement qu’ATTAC, qui prétend lutter contre l’AGCS et autres formes d’accords ou d’institutions de commerce international, ne se réjouisse pas fortement des articles III-315 et III-325 du projet de Traité constitutionnel. Ces articles donnent un pouvoir extrêmement fort au Parlement européen en matière de commerce international. Avec ces nouvelles dispositions, aucun traité de commerce international de grande ampleur ne pourrait voir le jour sans l’approbation du Parlement européen. Quel meilleur verrou démocratique peut-on espérer ?

Il y a tout de même des jours où je me demande s’il arrive aux contres-pouvoirs qui se veulent mouvement d’éducation populaire de faire leur travail…

21 avril 2005

21 avril, trois ans après : la gauche en danger

Trois ans après le 21 avril 2002, la gauche semble encore bien en difficulté : malgré des victoires indéniables et claires aux élections régionales, cantonales et européennes de 2004, qui avaient pu faire croire à l’approbation par l’électorat de la ligne réformiste du Parti socialiste, la déchirure qui se fait jour à l’intérieur du même Parti socialiste au sujet de l’Europe réouvre une plaie que l’on croyait en voie de cicatrisation.

Comment expliquer ce goût de la mise en danger, cette volonté irrépressible de scinder alors que l’unité est nécessaire, cette logique du rapport de force plutôt que la recherche du consensus ou la quête du compromis ? Pour ma part, je continue à voir trois causes dans la situation spécifique – mais pas forcément enviable – de la gauche française.

La première, c’est ce que j’appelle le « divorce à tords partagés » entre les français et leurs représentants. D’un côté, les élus, trop longtemps, se sont abrités derrière la légitimité du suffrage populaire pour ne pas rendre de compte à ceux dont ils tiraient leur légitimité. Ils bénéficiaient en cela de la conception universaliste et républicaine de la politique française : la volonté générale sort des urnes, pas des récriminations communautaires, sectorielles ou corporatistes. Les avancées récentes de la démocratie locales commencent à répondre à ce besoin d’explications, de contact, et même de revendications bien légitime des électeurs. Mais elles sont peu de chose en regard de la faiblesse de notre dialogue social. C’est aussi pourquoi il est si rageant d’avoir un gouvernement de droite, et de droite aussi dure, dans la période actuelle.

De leur côté (et c’est la deuxième cause), les électeurs ne sont pas non plus exempts de toute responsabilité : leur refus de plus en plus affirmé de l’engagement collectif, de l’adhésion aux syndicats et aux partis, fragilise également le fonctionnement démocratique. Chaque électeur se sent en droit de refuser un programme, un parti ou un candidat parce qu’un point parmi des centaines lui déplaît. A ce compte, l’exercice de la démocratie, qui doit inévitablement passer par la définition de majorités, devient rapidement impossible. La revendication de la prise en compte des votes blancs en est le symptôme le plus criant : à travers elle, beaucoup d’électeurs voudraient pouvoir s’affranchir de leur responsabilité civique, qui est soit de désigner le dépositaire momentané du pouvoir démocratique, soit de proposer une alternative aux suffrages des citoyens. Je ne crois pas, vous l’aurez compris, que le comptage de cette démission citoyenne soit la bonne solution.

La troisième raison enfin, c’est le fameux surmoi marxiste de toute la gauche, le complexe d’œdipe du socialisme. La crise actuelle le révèle avec une parfaite acuité. Car que reprochent les partisans du non de gauche à la Constitution, au fond ? Une chose seulement : rendre impossible tout retour au vieux rêve de la planification économique, du dirigisme centralisé. Et tant pis s’il rend également impossible le rêve de nos adversaire : une économie totalement dérégulée, un marché parfaitement irresponsable, le libéralisme économique en somme. Ce qui compte, c’est que l’on ne brise pas l’espoir du grand soir : quitte, pour cela, à briser la construction européenne, le progrès sociale, et même les possibilités de retour au pouvoir de la gauche.

On a coutume de dire que la droite française est la plus bête d’Europe. A l’exception de la droite britannique, c’est peut-être vrai. Mais la France a aussi la gauche la plus fière d’Europe, et, si c’est une qualité, ce n’est pas tous les jours un avantage. La gauche française étouffe d’un passé trop lourd et d’un avenir sans perspective. La construction européenne pourrait lui en offrir une, si seulement elle préférait le sens des responsabilités au gardiennage de l’utopie. Il est tant de construire, en France, une génération politique authentiquement de gauche, parfaitement responsable et résolument européenne.