Réponse à Etienne Chouard
Moi aussi, lorsque j’ai reçu le texte d’Etienne Chouard, à première vue, je me suis réjoui : une analyse critique du Traité constitutionnel, que j’ai lu et même décortiqué, ça ne pouvait qu’être enrichissant, surtout de la part d’un professeur de droit. Même si j’étais déjà pour le Traité, dans lequel il ne me semblait y avoir que des avancées par rapport au Traité de Nice, je ne voulais pas risquer de passer à côté de quelque chose d’essentiel, un point crucial qui m’aurait échappé et qui risquait de mettre en péril, dans ce nouveau traité, tout ce pour quoi je me bats : le progrès social, la défense des salariés, la redistribution des richesses, la régulation de l’économie, la sauvegarde des services publics, l’environnement, etc etc. L’introduction de M. Chouard était alléchante : une lecture critique et documentée, de la part d’un spécialiste de la question, c’est une aubaine pour quelqu’un qui, comme moi, s’intéresse à la construction européenne depuis quelques années. Mais j’ai rapidement déchanté : les arguments sont grossiers, et sans rapport avec le Traité. Il en parle comme s’il devait s’agir de la Constitution d’un Etat-nation, sans jamais parler de la construction européenne, des anciens traités, du fonctionnement des institutions actuelles. C’est un peu comme si l’on disait que les règles d’un sport collectif, le foot par exemple, ne sont pas adaptées à un sport individuel, comme le tennis. Evidemment, un Traité, même constitutionnel, ce n’est pas la même chose que la constitution d’un pays. En réalité, presque toute son argumentation est fondée sur ce malentendu, et du coup l’on n’a même pas l’impression qu’il parle d’Europe. Mais en plus, j’ai trouvé des références qui m’ont fait bondir. Par exemple, la plupart des choses que reproche indûment Etienne Chouard au Traité constitutionnel existent dans notre Constitution française, sans qu’elles nous choquent. Vous le verrez plus bas. Parler également de l’entrée de la Turquie, comme si c’était une conséquence de l’adoption de ce traité, est absolument faux. Du coup, je me suis demandé s’il n’y avait des intentions cachées derrière ce texte. Et quand j’ai appris qu’Etienne Chouard n’était pas professeur de droit (titre réservé aux universitaires) je n’ai pas véritablement été surpris : il est presque impossible qu’un professeur de droit attitré, aguerri aux questions juridiques, commette de telles erreurs.
J’ai pris quelques notes en lisant le texte : vous les trouverez en rouge, entre les paragraphes. Ce n’est certainement pas la vérité infuse contre le mensonge éhonté, mais en tout cas ça répond à des arguments qui, la plupart du temps, ne sont fondés sur rien, et ne procède même pas d’une lecture sérieuse du texte du Traité. Etienne Chouard prétend ne pas avoir de parti pris au début : moi, j’en ai bien un. Je suis pleinement favorable à la construction européenne, qui doit aller vers plus de démocratie, de justice sociale, de régulation de l’économie et donc de lutte contre une mondialisation sauvage. Cette critique m’a renforcé, à contrario de son objectif, dans mon approbation du Traité constitutionnel ; mais je reste pleinement ouvert au débat ;-)
Bonne lecture quand même !

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