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27 octobre 2005

L’enjeu du congrès du centenaire

Congres_le_mans_1 Quel sera le véritable enjeu du congrès du centenaire, au Mans, les 18, 19 et 20 novembre prochains ? Comme toujours serait-on tenté de dire : un enjeu de méthode. A la fois essentiel et pas complètement décisif. Comme le note Alain Bergougnoux dans l’excellente analyse qu’il déploie, avec Gérard Grunberg, dans une tribune du Monde daté du 22 octobre, il s’agit de trancher entre un « néojospinisme » qui veut continuer à mettre en conformité les actes et les paroles, et un « néomitterrandisme » qui pense que la reconquête du pouvoir justifie bien quelques excès de promesses et une course à la gauche de la gauche. Comme d’habitude, nos débats sont pris dans une tension forte entre, d’une part, la nécessité de préserver les enseignements tirés de l’exercice du pouvoir et, d’autre part, la tentation de se servir d'un discours plus facilement tapageur. Ca ne laisse pas beaucoup de place à la refondation des repères socialistes autour du réformisme et d’un nouveau modèle social-démocrate. C’est bien, d’ailleurs, la volonté de certains, et les véritables bénéficiaires de la lenteur qui en résulte pour nous sont bien ceux qui contestent la nécessité d’une action gouvernementale pour la gauche. Sans peut-être le vouloir véritablement, puisqu’ils font ça au nom d’une stratégie de reconquête du pouvoir, ceux qui prônent le virage à gauche au nom de l’unité de la gauche se rendent coupable, à mon sens, d’une régression idéologique grave. Ils font croire qu’au final, attendre pour reconquérir le pouvoir et renverser définitivement la droite vaudrait peut-être mieux qu’exercer le pouvoir le plus tôt possible pour transformer la société autant que faire se peut et aussi profondément que possible. Pour moi, être de gauche, c'est améliorer au plus vite tout ce qui peut l'être en vue de la justice sociale et de l'égalité, et non préférer la promesse du meilleur à de réels changements.

Mais, plus largement, si l’on ne définit pas ce qu’est l’horizon du socialisme, ses objectifs précis et les moyens de son action, comment pense-t-on pouvoir fixer réellement une méthode pour reconquérir le pouvoir ? On aurait bien aimé, pour marquer les esprits, un enjeu plus fort, tel que le réclamait le même Alain Bergougnoux, le 22 avril dernier, lors du colloque « 1905 – 2005 : cent ans de socialisme » : « Faire "oublier" 1905 serait peut-être, après tout, un programme qui vaille la peine d’être présent à notre esprit pour s’installer dans le nouveau siècle, dans des conditions moins précaires que nos prédécesseurs dans l’ancien ! » Autrement dite: moins de tensions entre les actes et les discours (mais également entre les différentes stratégies de prise de pouvoir et d'unité de la gauche), et plus de projet, de contenu, de choix de société.

Il faudra attendre ; ou bien y travailler…

Ours_1

En attendant justement, pourquoi ne pas lire (ou relire) les repères historiques donnés sur le site de l’Office Universitaire de Recherche Socialiste (OURS) concernant les congrès socialistes ?

25 octobre 2005

Centenaire de la Fédération Protestante de France

Croix_huguenote_2 La Fédération Protestante de France, elle aussi, fête ses cent ans (ce qui n’est pas, on s’en doute bien, un pur hasard), et s’invite dans le débat sur la loi de 1905, par la voix de son président, Jean-Arnold de Clermont. Il faut dire qu’elle réussit le tour de force d’avoir été, au moment de la séparation des églises et de l’Etat, favorable à la loi républicaine, et d’être désormais sensible aux propositions de toilettage, comme le montre cette réflexion de 2002 accompagnée de propositions. Le statut de cette religion, relativement récente, très longtemps persécutée, en conflit avec l’église catholique jusqu’après la seconde guerre mondiale, et toujours minoritaire, confère à son expérience un intérêt certain.

Intéressante également : l’analyse d’Henri Tincq, catholique libéral, sur la « "protestantisation" de fait de l'Eglise catholique ».

24 octobre 2005

Loi de 1905 : Sarkozy récidive aussi

Laicite_1905_lerireSur la loi de 1905 aussi, Sarkozy récidive, en demandant de l’ « adapter (…) à la réalité du temps », c’est-à-dire de prendre en compte l’apparition de l’Islam dans le paysage cultuel français. Les choses se précisent, puisque le ministre de l’Intérieur a déjà confié à Jean-Pierre Machelon une commission chargée d’apporter des solutions précises. La riposte du tandem Chirac – Villepin ne s’est pas faite attendre : le premier demande de ne pas remettre en cause un texte qui a si profondément contribué à la paix civile, tandis que le second invite à ne pas « ouvrir la boîte de Pandore. »

On comprendra le petit plaisir que s’est offert François Hollande, même si sa position ne fait pas beaucoup progresser le débat.

22 octobre 2005

Les femmes dans la vie publique: encore un effort !

Vote_des_femmesAutre commémoration, dont on aimerait bien qu’elle soit en rapport direct avec les deux qui font l’objet de ce blog : il y a soixante ans, le 21 octobre 1945 précisément, les françaises votaient pour la première fois lors d’une élection nationale. Et par pour n’importante quelle élection : il s’agissait de désigner la Constituante qui allait remettre la République sur pied, après la seconde guerre mondiale.

Dans ce domaine, où la France est plus facilement donneuse de leçons que du bon exemple, puisqu’elle figure parmi les derniers pays occidentaux à avoir accorder ce droit aux femmes, des progrès restent encore à accomplir. Ainsi, hier également, paraissait une étude de l’INSEE, intitulée « Le sous-emploi concerne 1,2 million de personnes », qui révèle que le sous-emploi concerne 8,5% de femmes, contre seulement 2% d’hommes.

Salome_zourabichviliEt puis, clin d’œil amusant de l’histoire : et si, finalement, la première femme française chef d’Etat était… géorgienne

19 octobre 2005

Place de la religion : Sarkozy récidive

Sarkozy_3 Un an après son livre sur la question religieuse, Sarkozy récidive : lors de son audition par l’Académie des Sciences Morales et Politiques, le 19 septembre dernier, il a réitéré ses propos sur le rôle de la religion : éducation au bien et au mal, seul accès au droit à l’espérance, encadrement de la jeunesse des banlieues, mission d’apaisement social… Pour notre ministre des Cultes, il y a bien deux Frances : celle de ceux qui ont la chance et le privilège de croire, et celle de ceux qui se sont fourvoyés sur les mauvais chemins de la vie…

Vous pouvez voir sa conférence sur le site de l’ASMP, ou la lire sur le site du Ministère de l’Intérieur.

17 octobre 2005

Et la HALDE fut !

Louis_schweitzer

La HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) se met en route. Installée le 23 avril dernier, cette autorité indépendante (mais dont les membres sont nommés par des instances qui, aujourd’hui, sont toutes dirigées par la droite) est l’application directe de l’article 13 de la directive européenne 2000/43 du 29 juin 2000. Son président, Louis Schweitzer, invité d’un chat sur lemonde.fr le 6 octobre dernier, révélait l’ampleur de la tâche qui l’attend dans l’assistance qu’elle doit fournir aux victimes de discriminations : déjà 732 plaintes enregistrées, soit 10 par jours. Sans croissance du rythme des dossiers déposés, la HALDE aura donc à traiter 3.000 plaintes par an. Espérons qu’elle disposera de moyens à la hauteur de l’objectif affiché, de manière à réaliser également les testing annoncés par M. Schweitzer…

15 octobre 2005

Elus locaux et laïcité

Quel rôle les élus locaux jouent-ils dans le dispositif de laïcité en France ? C’est la question sur laquelle s’est penchée l’Association des Maires de Grandes Villes, le 22 juin dernier, à l’occasion d’un colloque intitulé « 1905 – 2005 : la laïcité dans la cité ». Colloque remarquable s’il en est, d’abord par la clarté de l’information sur la loi, la jurisprudence et la pratique, en matière de lieu de culte, de service public et d’enseignement religieux.

Mosquee6

A propos des lieux de culte et de l’intervention publique, le débat prend corps à partir de la proposition de Jean-Pierre Brard, de « financer les lieux de culte comme le logement social » (p. 36), ce qui demanderait un léger aménagement du dispositif prévu par la loi de 1905 (qui ne permet que l’entretien et la rénovation des lieux de culte existants).

Cette question, qui doit tenir compte de la capacité à formaliser un lien durable entre les associations cultuelles et les pouvoirs publics, mérite de tenir une place de choix dans tout débat sur la laïcité aujourd’hui.

12 octobre 2005

Pas assez festive, la laïcité?

Pas assez fêté, le centenaire de la loi de 1905 ? C'est en tout cas l'avis de Guy Coq, exprimé dans une tribune du Monde aujourd'hui. A la différence des communes, comme celle de Paris dont plusieurs arrondissements organisent ou participent à des fêtes de la laïcité ces week-ends, (ici dans le XVIII°, ou là dans le XIII°), le gouvernement semble décidé à ne pas susciter le débat. Une manière de ne pas tirer de premier bilan de la loi sur le voile?

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Autre initiave parisienne à saluer, on ne peut plus festive pour le coup : la manifestation "tous égaux, tous en scène", pour lutter contre toutes les formes de discrimination.  C'est ce WE, à 18h30 au Zénith.

10 octobre 2005

"Des français commes les autres"

Bouc_emissaire Alors que l’on se plaint souvent de ne pas avoir, en France, de données chiffrées au sujet de la religion, ni d’enquête approfondie sur les comportements religieux, pour cause d’une législation particulièrement protectrice de l’individu concernant la constitution de fichiers, une étude captivante vient d’être menée par le CEVIPOF, dont les premiers éléments ont été rendu publics il y a quelques semaines : Rapport au politique des français issus de l’immigration, par Sylvain Brouard et Vincent Tiberj. Captivante, celle-ci témoigne de l’inscription bien plus profonde des français issus de l’immigration dans la société française, ses règles et ses contraintes, que ne le laissent croire la représentation dominante. Notamment, le respect du principe de laïcité semble égal chez tous les français, sans distinction de religion ou d’origine.

Faut-il en conclure que l’islamophobie tient du ressort du bouc émissaire, cher à René Girard ?

09 octobre 2005

Après la défaite

J’ai pris du temps (beaucoup de temps, vous l’aurez remarqué) pour réfléchir sur la victoire du NON le 29 mai dernier, et ne pas me contenter des explications faciles comme « c’est la faute à untel qui s’est trahi » ou « c’est la victoire du populisme, de droite comme de gauche, contre la raison et le bon sens ». Les auto-justifications ne servent à rien. Pas plus que le triomphalisme de certains, vide de sens, qui voudrait faire croire à un appel unanime du peuple dans ce vote. Il y avait bien des critiques récurrentes adressées à l’Europe de la part de ceux avec qui j’ai échangé tout au long de la campagne. La plupart dénonçaient une Europe trop financière, trop marchande, pas assez sociale, et surtout pas assez profitable. Mais là où les différences commençaient à se marquer, c’était dans les attentes, une fois passé le stade des critiques. Certains voulaient une Europe plus impliquée dans la protection sociale, mais certains aussi voulaient une Europe plus combative économiquement, plus soucieuse de la défense de nos entreprises, ou plus impliqué dans les différents conflits mondiaux. Et, pour ne prendre qu’un exemple, j’ai bien davantage entendu de militants du non évoquer le sujet des services publics que d’électeurs du non, davantage portés, pour leur part, sur le pouvoir d’achat et la sécurité de l’emploi.

Il vaut mieux savoir regarder la vérité en face : pas plus que ce n’était la question posée, il n’y a de direction politique délivrée dans le vote du 29 mai. Il y a, par contre, un message sous-jacent. Et quoi qu’on en dise, ce message existait déjà en 2002, et en 2004 pour les élections régionales et européennes, qui avaient vu la très large victoire des socialistes. Ce message, c’est l’exigence. Les électeurs ne veulent plus de discours sur l’impuissance des institutions ou la fatalité des évolutions. Moins encore veulent-ils des promesses vaines ou des protestations stériles – ils n’auraient pas votés majoritairement socialistes en 2004 à ce moment-là, mais LCR-LO. Ils veulent du progrès réel.