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29 novembre 2005

Du « rôle positif de la présence française » à l’ « état d’urgence »

France_algerie Commencée par le vote d’une loi dont l’intention, pourtant, ne pouvait qu’être saluée, le 23 février dernier (elle devait notamment permettre de mieux prendre en compte la situation des harkis et de favoriser l’enseignement de la période coloniale), la référence implicite à la guerre d’Algérie dans l’action du gouvernement Villepin a connu son acmé avec l’utilisation de la loi du 3 avril 1955, instituant l’état d’urgence, et sa prorogation  avec la loi du 18 novembre 2005.

Hasard ou simple collusion ? Non : véritable cécité. Rappelons-nous que la guerre d’Algérie, pour ceux qui y ont mené la France, n’était autre chose qu’une « opération de maintien de l’ordre ». L’armée n’intervenait, dans leur esprit, qu’en appui aux forces de polices, et ne devait d’ailleurs rien faire de plus que de la police. La police elle-même, ou plutôt l’ « Etat policier, à la fois anarchique et despotique » pour reprendre l’expression de Pierre Vidal-Naquet, a cédé la place à la répression, aux opérations militaires, dans le cadre des « pouvoirs spéciaux ». Mais il ne s’agissait en aucune manière, dans le discours officiel, d’occupation (à quoi bon occuper sa propre nation ?) ni de guerre (combat-on son propre peuple ?): il s'agissait de ramener l’ordre dans les départements français qu’était l’Algérie, de réprimer les émeutiers, de faire revenir le calme, de « pacifier ». On connaît la suite : la pratique de tortures abominables, dont les récits sont insupportables. Et trois décennies avant de reconnaître, par la loi du 10 juin 1999, qu’il ne s’agissait pas seulement de la simple action d’un pouvoir légitime sur son propre sol, mais bien d’une guerre d’indépendance.

Les relations franco-algériennes sont marquées du sceaux de symboles tragiques, et les enfants de ces relations sont des enfants déchirés. En témoigne le match France-Algérie du 6 octobre 2001.

Aujourd’hui, c’est en France que le président algérien, souffrant, vient se faire soigner alors même que le Traité d’amitié franco-algérien est en panne. Le message que la France envoie aujourd’hui aux français d'origine algérienne, comme à tous les français issus de l'immigration, est aussi paradoxale et injuste que celui qu’elle envoyait hier aux algériens qui combattaient pour leur liberté. Elle leur dit : vous n’avez pas de raison de vous révolter, et si vous le faites ce sera le même sort que vos parents ou grands-parents. Vos parents ou grands-parents n’avaient pas à se plaindre, puisque la colonisation était bonne. Vous n’avez pas de raison de vous plaindre, puisque la France vous accueille. Alors maintenant, intégrez-vous en silence.

Le jeu de miroir entre hier et aujourd’hui révèle une vérité effroyable : la persistance d’une France populiste, aveugle à toutes les souffrances et à toutes les différences et qui, aujourd’hui encore, est au pouvoir.

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