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30 novembre 2005

Aborder la guerre d’Algérie

Lorsqu’on a une trentaine d’année, que l’on n’est pas historien de formation, et qu’on est né dans une famille pieds-noirs (ce qui est mon cas), on peut très bien avoir de la guerre d’Algérie l’image d’une chose dont il ne faut pas parler. Surtout si quelques vieux militaires trainent dans la famille… Et pourtant elle fait partie de notre mémoire, elle est constitutive de notre identité commune, que l’on soit ou non enfants ou petits enfants d’Algériens, de harkis, d’immigrés ou de pieds-noirs. Les historiens sont allés bien plus loin que les politiques dans la reconnaissance des responsabilités françaises. Si l’on veut un jour leur emboîter le pas, il faut aussi que l’on permette à tout un chacun de se réapproprier ce passé commun. D’où ces quelques lectures :

Stora_guerre_algrie_1 D’abord l’incontournable Benjamin Stora. Son « Histoire de la guerre d’Algérie (1954 – 1962) » (La Découverte, 1993 pour la première édition, 123 p.) est tout aussi concise que précise. Elle permet de suivre l’enchainement des évènements tout en saisissant les enjeux, grâce aux quelques documents et témoignages que traverse le texte. Une porte d’entrée précieuse, puis un vade-mecum qui peut vite devenir l’indispensable compagnon d’un approfondissement de la question algérienne.

Harbi_stora_guerre_algrie_1 Ensuite un ouvrage plus complexe, plus volumineux, mais dont on peut piocher les articles au gré de la curiosité : « La Guerre d’Algérie », recueil d’articles dirigé par Mohammed Harbi et Benjamin Stora (Hachette, coll. Pluriel, 2004 pour la première édition). Cet ouvrage se veut un point d’étape, cinquante ans après le début des évènements d’Algérie. Point d’étape sur les connaissances historiques d’abord (trois portes d’entrée : les institutions, les acteurs, les violences), mais également sur la mémoire de cette guerre et son traitement artistique et culturel. La mise en perspective, tant du travail de mémoire et d’histoire, que du passé de l’Algérie, est tout à fait salutaire.

Vidalnaquet_1 Enfin, pour ceux qui voudraient prendre conscience de la violence déployée par l’armée française et des mensonges de l’Etat français, « Les crimes de l’armée française, Algérie 1954 – 1062 » de Pierre Vidal-Naquet (La Découverte Poche, première édition en 1975), est édifiant, pour ne pas dire difficilement soutenable. Compilation de documents militaires, politiques et administratifs, cet ouvrage cru, crucial pour le souvenir et pour la réflexion, permet de ne pas tomber dans les considérations aseptisées auxquels mènent parfois les livres d’histoire.

Et pour des documents plus imagés, il existe le dossier de l’INA « La guerre d’Algérie à la télévision française » avec plusieurs documents vidéos, ainsi que des interviews d’historiens et de journalistes pour les mettre en perspective. A signaler aussi, mais pour les institutions seulement (ce qui est regrettable) les quatre vidéos « Les années algériennes », INA-France 2, de Philippe Alfonsi, Bernard Favre, Patrick Pesnot et Benjamin Stora.

29 novembre 2005

Du « rôle positif de la présence française » à l’ « état d’urgence »

France_algerie Commencée par le vote d’une loi dont l’intention, pourtant, ne pouvait qu’être saluée, le 23 février dernier (elle devait notamment permettre de mieux prendre en compte la situation des harkis et de favoriser l’enseignement de la période coloniale), la référence implicite à la guerre d’Algérie dans l’action du gouvernement Villepin a connu son acmé avec l’utilisation de la loi du 3 avril 1955, instituant l’état d’urgence, et sa prorogation  avec la loi du 18 novembre 2005.

Hasard ou simple collusion ? Non : véritable cécité. Rappelons-nous que la guerre d’Algérie, pour ceux qui y ont mené la France, n’était autre chose qu’une « opération de maintien de l’ordre ». L’armée n’intervenait, dans leur esprit, qu’en appui aux forces de polices, et ne devait d’ailleurs rien faire de plus que de la police. La police elle-même, ou plutôt l’ « Etat policier, à la fois anarchique et despotique » pour reprendre l’expression de Pierre Vidal-Naquet, a cédé la place à la répression, aux opérations militaires, dans le cadre des « pouvoirs spéciaux ». Mais il ne s’agissait en aucune manière, dans le discours officiel, d’occupation (à quoi bon occuper sa propre nation ?) ni de guerre (combat-on son propre peuple ?): il s'agissait de ramener l’ordre dans les départements français qu’était l’Algérie, de réprimer les émeutiers, de faire revenir le calme, de « pacifier ». On connaît la suite : la pratique de tortures abominables, dont les récits sont insupportables. Et trois décennies avant de reconnaître, par la loi du 10 juin 1999, qu’il ne s’agissait pas seulement de la simple action d’un pouvoir légitime sur son propre sol, mais bien d’une guerre d’indépendance.

Les relations franco-algériennes sont marquées du sceaux de symboles tragiques, et les enfants de ces relations sont des enfants déchirés. En témoigne le match France-Algérie du 6 octobre 2001.

Aujourd’hui, c’est en France que le président algérien, souffrant, vient se faire soigner alors même que le Traité d’amitié franco-algérien est en panne. Le message que la France envoie aujourd’hui aux français d'origine algérienne, comme à tous les français issus de l'immigration, est aussi paradoxale et injuste que celui qu’elle envoyait hier aux algériens qui combattaient pour leur liberté. Elle leur dit : vous n’avez pas de raison de vous révolter, et si vous le faites ce sera le même sort que vos parents ou grands-parents. Vos parents ou grands-parents n’avaient pas à se plaindre, puisque la colonisation était bonne. Vous n’avez pas de raison de vous plaindre, puisque la France vous accueille. Alors maintenant, intégrez-vous en silence.

Le jeu de miroir entre hier et aujourd’hui révèle une vérité effroyable : la persistance d’une France populiste, aveugle à toutes les souffrances et à toutes les différences et qui, aujourd’hui encore, est au pouvoir.

26 novembre 2005

Le Mans: sens et direction

Cn_ladefense Le Conseil national du Parti socialiste qui s’est tenu aujourd’hui, à la Défense, en adoptant une nouvelle direction, a mis fin au 74° congrès du PS. Avec cette particularité, impensable il y a trois semaines à peine : à l’exception de Laurent Fabius et d’Arnaud Montebourg, la totalité des acteurs majeurs de ce Congrès sont représentés dans la nouvelle direction. Le premier, Laurent Fabius, veut rester libre de penser pour mieux se préparer à la présidentielle. On peut donc douter de la loyauté dont il fera preuve dans les temps à venir à l’égard de son parti. Pour le second, le doute n’est pas permis : il récuse la synthèse et veut fonder un nouveau courant, en marge – pour ne pas dire en opposition – de la nouvelle direction.

Clarification ou rassemblement, c’était, pour beaucoup, l’alternative que proposait le Congrès, et c’est aussi la question qui taraude les socialistes depuis un siècle. Le vote des militants a apporté une réponse à la première proposition ; le processus du congrès, sous la pression de la situation politique et sociale de la France en ce moment, a réalisé la seconde. Au détriment, indéniablement, de la première*.

D’où, une réflexion : si un congrès qui permet à la fois d’apporter une réponse indiscutable sur l’orientation majoritaire d’un parti et de ressouder les rangs à l’approche d’échéances majeures est non seulement un congrès utile, mais également un congrès digne, dont tous les militants peuvent être fiers, ce n’est en revanche, au regard de l’histoire du socialisme, pas un congrès décisif, pas l’un de ces moments forts au cours desquels l’histoire choisit son chemin. Cela, c’est désormais remis, au plus tôt, à la campagne pour la désignation de notre candidat à la présidentielle 2007. En espérant que celle-ci se déroulera dans des conditions loyales et franches, qui ne mettent pas en péril l’unité nouvellement reconquise.

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*Pourquoi ce mouvement de reculade, décidé par notre premier secrétaire, au moment où, semblait-il, il ne restait qu’à cueillir la victoire ? Une simple hypothèse : si une ligne réformiste, sans aucune ambiguïté possible, avait été adoptée, et qu’elle ait ou non rassemblé derrière elle les minorités du parti, alors le candidat à la présidentielle était de facto désigné par le congrès : Dominique Strauss-Kahn. Ce dont François Hollande, pour des raisons qui lui sont personnelles, ne voulait pas.

13 novembre 2005

Les socialistes et la France

Recherche_socialiste Parcourir les actes du colloque « 1905 – 2005 : cent ans de socialisme – les socialistes et la France », organisé par l’OURS, la Fondation Jean-Jaurès et le Parti socialiste les 22 et 23 avril dernier, à la BNF, voici une autre manière de parcourir l’histoire de notre parti : par thème, à travers les analyses des meilleurs connaisseurs de cette histoire et les témoignages de ceux qui la reprennent à leur compte. Les idées des socialistes, leur vision de la société, leur rapport à l’économie, au pouvoir, à la démocratie : une autre manière d’appréhender les nombreuses tensions qui animent le socialisme français, dans ses rapports au syndicalisme, à l’économie de marché, ou encore à l’Europe pour ne prendre que ces exemples.

Alors que va s’ouvrir le congrès du Mans qui, pour beaucoup, apparait comme un peu futile, c’est aussi l’occasion de rappeler que l’exercice du pouvoir a toujours fait question à gauche. Alain Bergougnoux cite Léon Blum : « je n’ai jamais cherché le pouvoir, (…) j’en ai détourné mon parti aussi longtemps que cela m’a paru possible ». Si les socialistes ont appris, entre temps, à ne plus se méfier du pouvoir (ce que l’extrême gauche continue à nous reprocher vertement), ils n’y reviennent jamais sans avoir pris le temps de débattre de leurs orientations et sans avoir proposé des options aux militants. Le pouvoir, à gauche (et c’est une distinction d’avec la droite dont nous avons tout lieu d’être fiers) ne se prend pas sans raison : il faut d’abord s’assurer des conditions dans lesquels il permettra des avancées sociales.

La stratégie de l’extrême-gauche (pourquoi ne pas le dire ?) est tout autre : elle vise d’abord à renverser l’ordre établi pour tout reconstruire. Avec elle, c’est tout ou rien. Si bien qu’un socialiste au pouvoir, qui risquerait d’améliorer la situation sociale, retarderait d’autant le projet révolutionnaire. Aussi, et même si c’est contradictoire avec ce projet révolutionnaire, faut-il présenter des candidats aux élections, pour faire barrage à une gauche efficace mais pas absolutiste. La critique de l’extrême-gauche à l’endroit du socialisme est destructrice.

Alors, pour conclure sur ce point, je formulerais un conseil à tous ceux qui ont des reproches à faire aux socialistes : s’ils ont des reproches, c’est certainement qu’ils ont des attentes ; au Parti socialiste, le débat est perpétuel et les voix des militants comptent. Plutôt que d’appliquer la stratégie du retardement révolutionnaire, pourquoi ne pas prendre part à nos débats ?

09 novembre 2005

Cent ans, cent socialistes

100_socialistes Cette série de cent petites biographies, richement illustrée, à travers laquelle se redessine l’histoire du socialisme en France, une histoire vivante et actuelle, ne fait l’impasse sur aucune période ni sur aucune figure, pas même celles qui ont quitté en cours de route la « vieille maison ». Elle permet, pour ceux qui désirent comprendre le passé de leur parti, de se plonger dans leurs propres racines militantes par l’intermédiaire de la vie des hommes qui les ont façonnées, hier, et qui les portent, aujourd’hui. Elle a donc un grand mérite : à l’heure où il est de bon ton de vilipender la rivalité des ambitions, cet ouvrage nous rappelle que l’histoire du socialisme est une histoire incarnée, faite du combat de militants qui, parfois, accèdent aussi aux responsabilités.

A picorer sans modération, à utiliser comme porte d’entrée.

« Cent ans, cent socialistes »,

Jean-Marc Binot, Denis Lefebvre et Pierre Serne. Ed. Bruno Leprince, 2005.

07 novembre 2005

Une anecdote, une analyse, une réflexion

Une anecdote : alors que je travaillais pour une association d’éducation populaire, une journaliste d’un grand quotidien national m’appelle, pour me demander de lui trouver le témoignage de jeunes « des quartiers », montrant que la prise de position de Jacques Chirac contre la guerre en Irak a renforcé le sentiment patriotique des jeunes issus de l’immigration. Un peu interloqué, je lui demande de préciser. « eh bien oui, si l’on pouvait voir que les jeunes s’engagent davantage, dans les partis ou dans les associations, grâce à l’exemple qu’a donné Villepin à l’ONU, aux prises de position du président contre Bush, ce serait bien ». Je lui propose alors de lui trouver des dizaines d’exemples de jeunes qui s’engagent tous les jours, dans leurs quartiers, sur des projets de tous ordres (culturels, humanitaires, sportifs, environnementaux, etc.) « dans des associations de quartiers ? » « oui, par exemple » « ah non, elles sont toutes cornaquées par l’extrême gauche ! »

Lorsque Jacques Chirac s’est rendu compte, il y a six mois, sur un plateau de télévision*, qu’il ne comprenait plus rien à la jeunesse de son pays, il était un peu tard.

Une excellente analyse : celle d’Alain Touraine, dans une tribune du Monde intitulée « Les français piégés par leur moi national », qui va plus loin que moi. Pour lui, c’est l’universalisme lui-même, revendiquée par la France comme élément identitaire, qui est facteur d’exclusion. Non seulement parce qu’il accentue l’écart entre les promesses et les actes, mais aussi parce qu’il se donne un visage qui n’est jamais celui des différences, qui, elles, sont toujours rejetées. Il est donc tout à fait urgent de repenser l’efficacité de notre action en faveur de l’égalité, et contre les discriminations, quitte à bousculer un peu nos bons vieux principes.

Une réflexion enfin : opposer sécurité et prévention, ce n’est pas établir un choix politique, ce n’est surtout pas distinguer deux modes d’action possibles distinctifs de la droite et de la gauche. C’est surtout avoir une vision manichéenne, qui oppose « les bons qui veulent des sanctions contre les méchants » aux « méchants qui ne veulent pas punir les méchants ». En réalité, à gauche, à ma connaissance, personne n’est contre les sanctions pour ceux qui brûlent des voitures. En revanche, beaucoup, dont je fais parti (tous à vrai dire, je l’espère), considérons que s’arrêter là, c’est ne rien résoudre du tout, c’est même aggraver les choses, pour ne pas dire que c’est jeter de l’huile sur le feu quand c’est l’unique discours, parfois de façon calculée d’ailleurs. S’arrêter à cette opposition stérile, c’est une stratégie de droite pour entretenir le feu et garder son électorat au chaud en attendant les élections. C'est la stratégie théorisée, par exemple, par Bernard Accoyer, lorsqu’il en appellle à « un candidat populiste » (Nicolas Sarkozy bien entendu) en 2007, Au mépris de l’action efficace et des solutions concrètes. C’est de cela, dont la droite est comptable aujourd’hui.

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* Jacques Chirac : « Et on a l'impression qu'aujourd'hui on a peur. C'est un sentiment, je ne vous le cache pas, que je comprends mal, notamment de la part des jeunes qui s'engagent dans la vie et qui devraient précisément ne pas avoir peur. »

04 novembre 2005

Pour que Clichy-sous-Bois ne reste pas lettre morte

Ville_1 La violence ne s’excuse pas, mais elle s’explique. Et elle ne se combat pas seulement frontalement, dans un rapport de force où le plus fort doit affirmer son autorité sur le plus faible : elle doit également se prévenir, se contenir, s’apprivoiser. Au risque, sinon, d’engendrer une escalade ou de devenir chronique. C’est tout le danger contenu dans la politique que propose Nicolas Sarkozy.

Les idées sous-jacentes au discours répressif de Sarkozy ne doivent pas être occultées, car elles sont des non-dits parfaitement compris, à la fois par ceux qui les approuvent et par ceux qui les subissent. Ces idées, ce sont la culpabilisation (« la responsabilité individuelle des émeutiers est entière, ils sont les seuls coupables de leurs actes, ils sont à condamner sans autre forme de procès, s’interroger sur la motivation de barbares est inepte ») et le rejet (« pas de demi-mesure pour ceux qui ne veulent pas s’intégrer », « ceux qui se plaignent de ne pas être intégrés sont toujours suspects de ne pas en faire assez pour trouver leur place dans la société »). A ce compte, bon nombre de maux sociaux s’expliqueraient par le comportement déviant ou insuffisant de ces « étrangers », fils et filles (ou même petits fils et petites filles) d’étrangers, enfant d’une « immigration incontrôlée », « subie », qui « ruine notre pays, sème le désordre et le chaos dans nos villes et fait régner la peur dans nos foyers »*. L’implicite dans le discours sécuritaire, c’est le racisme, la désignation d’un bouc-émissaire sur le dos duquel on fête la réconciliation nationale. Et tant pis s’il n’y a pas de projet, ni même de volonté d’améliorer les choses, puisque « entre nous, on se comprend ».

Mais plus grave encore : lorsqu’il se double de la glorification du modèle social français, fait d’ « égalité des chances » et de « négation des particularismes », ce discours devient ignoble pour ceux qui, quotidiennement, subissent une violence non moins importante : les discriminations à répétition, dans le travail, les études, le logement, les loisirs… Comment veut-on, si l’on reproche à ceux pour qui toutes les portes sont fermées par avance, de ne pas en faire assez, que la pression ne monte pas dans la cocotte ? Ajoutons à cela la stigmatisation de la religion, suspecte d’archaïsme à minima, de terrorisme à maxima, ajoutons à cela la relégation sociale et géographique, ajoutons à cela le cadre de vie détérioré et l’arrogance d’une société qui s’interroge sur elle-même (mais pas au-delà du périph) mais vit dans l'opulence, ajoutons à cela le complexe d’une histoire coloniale toujours pas assumée, sans laquelle les racines d’une bonne partie de la population sont tronquées : l’égalité des chances n’existe plus que pour ceux qui ont des chances, et la négation des particularismes s’apparente rapidement à de la glorification identitaire.

Face à cette situation, le rôle des travailleurs sociaux, des éducateurs et des acteurs associatifs ne pouvaient déjà souvent, au mieux, qu’être palliatif : pacifier, canaliser, à défaut de pouvoir solutionner. Alors si, en plus, on menait campagne, comme l’a fait le gouvernement Raffarin, pour l’engagement bénévole et le dévouement, tout en supprimant les emplois jeunes et en réduisant les subventions, autant dire qu’on chargeait la barrique de poudre.

La droite au gouvernement, qui vient de nier ces problèmes avec une superbe arrogance en continuant à stigmatiser les fauteurs de trouble, tout en refusant de reconnaître la gravité de la situation, et en se chamaillant sur fond de querelles de personnes, porte la responsabilité d’anéantir tous les efforts de ceux qui, quotidiennement, travaillent à la pacification des quartiers et cherchent des solutions pour lutter contre les discriminations.

Alors oui, il faut, enfin, se saisir de la question des discriminations à bras le corps, comme d’une priorité absolue. Alors oui, il faut repenser un soi-disant modèle d’intégration dont la principale réussite, aujourd’hui, est une situation quasi ségrégationniste. Alors oui, il faut enfin dire quelle est la part de la société dans l’échec de l’intégration. Lionel Jospin avait peut-être été naïf, en pensant que l’emploi suffirait à résoudre la question : mais peut-être son erreur n’était-elle pas tant de ne pas s’être attaqué à l’insécurité, que ne de ne pas avoir été assez efficace dans la mise à terre des discriminations. S’il y a une chose à médiatiser en urgence, c’est moins l’omniprésence des forces de polices et la multiplication des contrôles au faciès, qu’une détermination sincère à trouver des solutions concrètes pour une égalité véritable.

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*Pour s'assurer que ces arguments ne sont pas la caricature de ceux qui les emploient, il suffit de lire cette tribune, à proprement parler inqualifiable, parue dans le Figaro ce matin.

03 novembre 2005

Le roi de la récup

ChiracIl avait fait de la fracture sociale son cheval de bataille en 1995, et avait enfourché  l’insécurité avec la même arrogance en 2002 : sans aucune solution, mais avec la certitude de monopoliser le débat.

Aujourd’hui, Jacques Chirac revient en force, avec le dialogue cette fois, slogan opposé aux violences urbaines de Clichy. Epaulé par Villepin, Chirac joue l’une de ses partitions favorites, celle qui lui a le mieux réussi jusqu’à présent : combattre l’opposition… dans son propre camp, et faire croire que le clivage politique véritable se situe entre une droite dure (Sarkozy ou Le Pen) et une droite sociale (qu’il prétend incarner).

Pourtant, la politique de son lieutenant est aux antipodes des intentions affichées : s’abriter derrière la HALDE (qui en réalité est une commande européenne aux Etats membres) ne suffit pas à masquer le désengagement du gouvernement de la politique sociale et de la politique de la ville. Le formidable travail que réalisent les associations d’éducation populaire dans les quartiers, et que salue, ce matin encore, Michel Wieviorka dans son excellente tribune du Figaro, est plus que jamais menacé par les restrictions budgétaires et les diminutions de subvention qu’impose le gouvernement Villepin. A tel point que les grandes fédérations d’éducation populaire sont contraintes aujourd’hui à organiser la fronde.

Sur les violences urbaines attisées par Sarkozy, comme sur la politique sociale démantelée par Chirac-Villepin, il est plus que temps de demander des comptes.

02 novembre 2005

Qui sème la haine...

Sarkozy_4Nicolas Sarkozy est l’homme de tous les amalgames. Nul doute que lorsqu’il parlait des « jeunes » qui se réunissent dans les cages d’escalier, il fallait entendre « voyous », « racaille ». Et nul doute que lorsqu’il parle des « voyous », de la « racaille » des quartiers qu’il faut « nettoyer au karcher », une bonne partie de ceux qui l’écoutent entendent « arabes », « noirs », « étrangers ».

A plus forte raison lorsqu’il pense contrebalancer son discours de radicalité par des propos mielleux, aussi hypocrites qu’inconsistants dans sa bouche : vote des étrangers, place de l’Islam dans la République, rôle moralisateur des religions, rôle social des communautés… En pensant contrebalancer, il lie, il associe dans les pensées. Comme si un casseur était si indissociablement lié à l’islam que seul l’islam puisse le ramener dans le droit chemin…

Sarkozy, aujourd’hui, fait de l’islam un paravant pour les casseurs, et des casseurs un alibi pour l’islamophobie. Sous l’ambition présidentielle, Sarkozy a couvé un feu de haine. Si seulement il pouvait être le seul à récolter la colère…