Lorsqu’on a une trentaine d’année, que l’on n’est pas historien de formation, et qu’on est né dans une famille pieds-noirs (ce qui est mon cas), on peut très bien avoir de la guerre d’Algérie l’image d’une chose dont il ne faut pas parler. Surtout si quelques vieux militaires trainent dans la famille… Et pourtant elle fait partie de notre mémoire, elle est constitutive de notre identité commune, que l’on soit ou non enfants ou petits enfants d’Algériens, de harkis, d’immigrés ou de pieds-noirs. Les historiens sont allés bien plus loin que les politiques dans la reconnaissance des responsabilités françaises. Si l’on veut un jour leur emboîter le pas, il faut aussi que l’on permette à tout un chacun de se réapproprier ce passé commun. D’où ces quelques lectures :
D’abord l’incontournable Benjamin Stora. Son « Histoire de la guerre d’Algérie (1954 – 1962) » (La Découverte, 1993 pour la première édition, 123 p.) est tout aussi concise que précise. Elle permet de suivre l’enchainement des évènements tout en saisissant les enjeux, grâce aux quelques documents et témoignages que traverse le texte. Une porte d’entrée précieuse, puis un vade-mecum qui peut vite devenir l’indispensable compagnon d’un approfondissement de la question algérienne.
Ensuite un ouvrage plus complexe, plus volumineux, mais dont on peut piocher les articles au gré de la curiosité : « La Guerre d’Algérie », recueil d’articles dirigé par Mohammed Harbi et Benjamin Stora (Hachette, coll. Pluriel, 2004 pour la première édition). Cet ouvrage se veut un point d’étape, cinquante ans après le début des évènements d’Algérie. Point d’étape sur les connaissances historiques d’abord (trois portes d’entrée : les institutions, les acteurs, les violences), mais également sur la mémoire de cette guerre et son traitement artistique et culturel. La mise en perspective, tant du travail de mémoire et d’histoire, que du passé de l’Algérie, est tout à fait salutaire.
Enfin, pour ceux qui voudraient prendre conscience de la violence déployée par l’armée française et des mensonges de l’Etat français, « Les crimes de l’armée française, Algérie 1954 – 1062 » de Pierre Vidal-Naquet (La Découverte Poche, première édition en 1975), est édifiant, pour ne pas dire difficilement soutenable. Compilation de documents militaires, politiques et administratifs, cet ouvrage cru, crucial pour le souvenir et pour la réflexion, permet de ne pas tomber dans les considérations aseptisées auxquels mènent parfois les livres d’histoire.
Et pour des documents plus imagés, il existe le dossier de l’INA « La guerre d’Algérie à la télévision française » avec plusieurs documents vidéos, ainsi que des interviews d’historiens et de journalistes pour les mettre en perspective. A signaler aussi, mais pour les institutions seulement (ce qui est regrettable) les quatre vidéos « Les années algériennes », INA-France 2, de Philippe Alfonsi, Bernard Favre, Patrick Pesnot et Benjamin Stora.







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